Bordeaux reprend la main sur ses trottoirs envahis par la végétation spontanée
Depuis le lundi 4 mai, des équipes municipales s’attaquent aux herbes folles qui colonisent les trottoirs bordelais. Le maire Thomas Cazenave a lancé une vaste campagne de désherbage couvrant 200 kilomètres de trottoirs, sans produits chimiques, pour un coût annuel de 300 000 euros. Derrière cette opération de propreté se cache un affrontement idéologique sur ce que doit être l’espace public.
Un plan d’envergure pour « retrouver une ville propre et entretenue »
Dès 5 heures du matin rue Pelleport, débroussailleuses, binettes, laveuses à jet et aspiratrices se succèdent sous la direction d’agents en combinaison fluo. D’ici l’été, 80 artères de la capitale girondine seront traitées, dans tous les quartiers.
Le dispositif prévoit deux campagnes annuelles, au printemps et à l’automne. Il mobilise une entreprise d’insertion et épargne la « végétation choisie » — jasmin, roses trémières — issue des permis de végétaliser délivrés par la mairie.
« Je n’ai rien contre la végétalisation choisie, précise Thomas Cazenave. Nettoyer les trottoirs est autre chose. Cela revêt un enjeu pour le bon écoulement de l’eau de pluie ou la circulation des poussettes et des piétons. »
Une rupture nette avec la politique Hurmic
Sous l’ancien maire écologiste Pierre Hurmic, la municipalité n’intervenait que sur demande. « Mieux cibler, c’était moins dépenser », résume Didier Jeanjean, ex-adjoint chargé de la nature en ville, désormais dans l’opposition.
Cazenave, lui, assume de prendre en charge ce qui relève théoriquement de la responsabilité des riverains — tenus depuis 2018 d’entretenir le trottoir devant leur façade. Une municipalisation du service qui ne fait pas l’unanimité.
« Poésie urbaine » contre « mauvaises herbes » : une guerre esthétique et politique
L’adjoint au tourisme Fabien Robert n’a pas de mots assez durs pour les herbes envahissantes. Dans une vidéo publiée sur Instagram, on le voit arracher de la verdure le long du Palais Rohan, dénonçant des plantes qui « s’incrustent » et « créent des infiltrations d’eau ».
En face, l’élue écologiste Harmonie Lecerf-Meunier parle de « saccage » et s’insurge contre un vocabulaire qu’elle juge dépassé : « Mauvaises herbes, herbes folles — on ne parle plus comme ça de nos jours. » Le débat a éclaté lors du conseil municipal du 28 avril.
Dans le quartier Nansouty, les riverains sont partagés. Pascal Le Roux déplore « une aseptisation » et défend ces plantes qui apportent « un peu de poésie urbaine dans les interstices de la ville ». Une mère de famille, elle, découvre avec amertume que sa rose trémière a été fauchée ras.
L’ordre républicain de l’espace public en question
Au fond, c’est bien la conception même de la ville qui s’affronte ici. D’un côté, une vision de l’espace public comme bien commun ordonné, reflet de la dignité collective et de la maîtrise humaine sur le territoire urbain. De l’autre, une idéologie du laisser-pousser qui abandonne le trottoir à la nature spontanée au nom d’une écologie de façade.
Bordeaux tranche : la propreté et l’ordre ne sont pas des options, mais les fondements d’une ville digne de ses habitants. À 300 000 euros par an, la municipalité réaffirme que l’entretien du cadre de vie est un devoir politique, non une variable d’ajustement budgétaire.
