BYD emploie autant de chercheurs que Renault compte de salariés : l’Europe face au tsunami industriel chinois

Le géant chinois BYD, présent au Salon de Pékin, aligne dans ses seuls laboratoires de R&D l’équivalent de la totalité des effectifs du groupe Renault

Un chiffre suffit à mesurer l’ampleur du défi. BYD, le champion chinois du véhicule électrique, emploie dans son seul département de recherche et développement autant de personnes que Renault en compte dans l’ensemble de ses activités mondiales. Ce constat vertigineux, rapporté par Vincent Charlet, délégué général de La Fabrique de l’industrie, au terme d’un voyage d’étude de Shenzhen à Pékin, illustre une réalité industrielle que l’Europe ne peut plus se permettre d’ignorer.

Une puissance industrielle hors normes

Charlet s’est rendu en Chine avec une vingtaine de professionnels du secteur pour observer sur le terrain l’état réel de l’industrie automobile électrique chinoise. Ce qu’il en rapporte dresse un tableau préoccupant pour les constructeurs européens, confrontés à une concurrence d’une tout autre échelle.

BYD, exposant vedette du Salon automobile de Pékin, n’est pas seulement un constructeur : c’est un écosystème industriel intégré, capable de concevoir, produire et déployer des véhicules électriques à une vitesse et un coût que les Européens peinent à égaler.

L’Europe face à ses propres contradictions

Pendant que Pékin mobilise des ressources colossales au service de sa filière automobile, l’Europe tergiversait entre ses objectifs climatiques, ses dogmes libre-échangistes et les injonctions contradictoires de Bruxelles. Le résultat est sans appel : des constructeurs historiques comme Renault, Stellantis ou Volkswagen se retrouvent en position défensive sur leur propre marché.

La question n’est plus théorique. Des véhicules électriques chinois compétitifs, bien conçus et moins chers arrivent en nombre sur le Vieux Continent, pendant que les usines européennes ralentissent leur cadence.

Protectionnisme ou capitulation : le choix de l’Europe

Face à ce constat, Vincent Charlet appelle à une réponse européenne coordonnée, associant soutien public massif et stratégie industrielle cohérente. Une position qui, pour une fois, rejoint ce que les souverainistes économiques défendent depuis des années : l’industrie ne se sauve pas par le seul marché, elle se protège et se construit par la volonté politique.

La Chine, elle, n’a jamais eu de doutes à ce sujet. Son État planifie, finance, oriente et protège. Pendant ce temps, Bruxelles imposait des normes et croyait que la concurrence libre et non faussée suffirait à maintenir l’Europe au premier rang mondial.

Un réveil tardif, mais nécessaire

L’Union européenne a certes décidé d’imposer des droits de douane supplémentaires sur les véhicules électriques chinois à partir de 2024, une mesure arrachée de haute lutte contre les réticences des libre-échangistes allemands. Mais des tarifs douaniers seuls ne reconstruiront pas une filière.

Ce qu’il faut, c’est une politique industrielle digne de ce nom, une souveraineté technologique assumée et des investissements publics à la hauteur de l’ambition chinoise. Autrement dit, exactement ce que les partisans d’une France industrielle et souveraine réclament depuis que les délocalisations ont commencé à vider nos territoires de leur substance productive.

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