Festival de Cannes 2026 : Canal+ déclare la guerre aux 600 signataires de la tribune anti-Bolloré
Le président du directoire de Canal+, Maxime Saada, a déclenché une onde de choc sur la Croisette ce dimanche 17 mai en annonçant publiquement que le groupe ne souhaite plus financer les projets des 600 signataires d’une tribune anti-Bolloré publiée dans Libération. Parmi les artistes visés : Juliette Binoche, Swann Arlaud, Anna Mouglalis ou encore Jean-Pascal Zadi.
Une déclaration de guerre au « brunch des producteurs »
C’est lors du traditionnel « brunch des producteurs », rituel cannois incontournable, que Saada a lâché ses mots cinglants. La déclaration a immédiatement fait le tour du Palais des festivals, semant la fébrilité parmi les attachés de presse.
« J’ai vécu cette pétition comme une injustice vis-à-vis des équipes qui s’attachent à défendre l’indépendance de Canal+. Je n’ai pas envie de travailler avec des gens qui me traitent de cryptofasciste. La limite, pour moi, elle est là », a déclaré Saada sans ambiguïté.
Une tribune qui accuse Bolloré de noyauter le cinéma français
Publiée mardi dans Libération, la tribune dénonce le « projet civilisationnel réactionnaire » de Vincent Bolloré, actionnaire de référence de Canal+, et « l’emprise grandissante de l’extrême droite » sur le septième art. Le texte rappelle également que Canal+ a acquis 34 % du capital d’UGC, troisième réseau de salles de cinéma en France.
La prudence avait jusqu’ici prévalu dans le milieu : la puissance de Bolloré est considérable, et Canal+ s’est engagé à investir 480 millions d’euros dans le cinéma français entre 2025 et 2027.
Un milieu divisé, des accusations fragiles
La portée réelle de la tribune reste, à ce stade, limitée. Le réalisateur Pierre Salvadori et le producteur Philippe Martin, présentant leur film La Vénus électrique, ont indiqué n’avoir constaté aucune « intervention politique dans les contenus des films ».
Une figure syndicale du secteur a d’ailleurs refusé de signer le texte, estimant qu’il « relève un peu du procès d’intention » et crée des « situations étranges » — Canal+ finançant par exemple la Queer Palm, dont Anna Mouglalis copréside le jury.
Le seul précédent documenté reste le refus, en 2018, de financer Grâce à Dieu, film traitant de la pédophilie dans l’Église catholique.
La tension va monter sur la Croisette
Plusieurs signataires de la pétition sont attendus à Cannes dans les prochains jours : Arthur Harari, Emmanuel Marre, Swann Arlaud. Le collectif Zappons Bolloré, à l’origine du texte, estime dans un communiqué que la « menace » brandie par Saada confirme ses « craintes ».
Symptôme éloquent du climat ambiant : cette année, lorsque le logo Canal+ apparaît au générique des films projetés au festival, les applaudissements cessent — et des sifflets se font entendre de plus en plus fréquemment.
