Guerre contre la drogue : Nuñez revendique des « victoires » pendant que le sang coule dans les rues françaises

Le ministre de l’Intérieur assume les violences comme « contrepartie » de la lutte antidrogue

Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a déclaré ce mardi 19 mai sur BFMTV-RMC que « le trafic recule » en France, tout en reconnaissant que les drames meurtriers pourraient constituer la « contrepartie des victoires » policières. Des propos qui font froid dans le dos, prononcés dans l’ombre d’une fusillade mortelle.

Le 11 mai dernier, le quartier des Moulins à Nice était ensanglanté par un règlement de comptes entre trafiquants : deux morts, six blessés. Une guerre de territoire d’une brutalité que l’État peine à endiguer malgré ses annonces triomphantes.

Nice : des chiffres encourageants, une réalité toujours sanglante

Le ministre se félicite d’une réduction drastique des points de deal dans le quartier des Moulins, passés de douze à deux grâce aux opérations des forces de l’ordre. Près d’une centaine de personnes ont été écrouées à Nice en 2025 pour des faits liés au trafic de stupéfiants.

Mais la réalité du terrain contredit l’optimisme officiel. La pression policière sur les réseaux criminels provoque un effet de compression : les trafiquants, acculés, se disputent avec une violence accrue les zones d’activité restantes. Nuñez lui-même admet que « la guerre est loin d’être gagnée ».

Pyrénées-Orientales : la frontière submergée par la cocaïne

Aux confins méridionaux du territoire national, les saisies de drogue atteignent des niveaux records. Le 11 mai, plus de 70 kg de cocaïne étaient découverts dissimulés dans le top case d’une moto à la frontière des Pyrénées-Orientales.

Depuis janvier 2025, ce sont déjà 770 kg de cocaïne qui ont été confisqués dans le seul département — contre 500 kg sur l’ensemble de l’année précédente. Une explosion des volumes qui témoigne moins d’un succès de l’État que de l’ampleur colossale des flux que nos frontières, trop longtemps négligées, laissent passer.

Une souveraineté territoriale en question

Que signifie « gagner » quand des quartiers entiers de Nice, Marseille ou Perpignan demeurent sous la coupe de narco-réseaux souvent alimentés par des filières internationales ? La sémantique victorieuse du ministre ne saurait masquer l’essentiel : l’État français perd chaque jour un peu plus le contrôle de son propre territoire.

La vraie question n’est pas de savoir si le trafic « recule » à la marge — elle est de comprendre pourquoi, des décennies de laxisme migratoire et de désarmement judiciaire plus tard, la France en est réduite à accepter les fusillades comme prix de ses « victoires ».

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