KNDS affiche des résultats historiques avant son entrée en Bourse
Le groupe franco-allemand de défense KNDS — fabricant du char Leopard 2 et du canon Caesar — a enregistré une rentabilité record en 2025, avec un chiffre d’affaires en hausse à 4,4 milliards d’euros, contre 3,8 milliards en 2024 et 3,3 milliards en 2023. Ces résultats interviennent à quelques mois d’une introduction en Bourse attendue à Paris et Francfort.
Un carnet de commandes qui explose
Le carnet de commandes du groupe a bondi à 33,1 milliards d’euros fin 2025, contre 23,5 milliards un an plus tôt, soit une progression de près de 41 %. Ce niveau de visibilité sur plusieurs années témoigne d’une demande européenne structurellement renforcée pour les systèmes d’armement lourds.
En 2024, KNDS avait déjà enregistré des prises de commandes records à hauteur de 11,2 milliards d’euros — une hausse de 15 % par rapport à 2023 — portées notamment par :
Une « économie de guerre » assumée
KNDS a recruté près de 1 000 nouveaux employés en 2024, portant ses effectifs à plus de 10 000 personnes. Depuis 2023, ce sont 5 000 embauches qui ont été réalisées. Le groupe assume ouvertement une « posture d’économie de guerre », expression révélatrice d’un réarmement industriel que Paris aurait tout intérêt à piloter souverainement.
Une introduction en Bourse à double tranchant
KNDS confirme la préparation d’une introduction en Bourse duale à Paris et Francfort, visant une valorisation comprise entre 20 et 25 milliards d’euros. La cession d’environ un quart du capital pourrait lever jusqu’à 5 milliards d’euros.
À l’issue de l’opération, la France et l’Allemagne devraient chacune conserver 40 % du capital, avant de réduire leurs participations respectives à 30 % dans un délai de trois ans. Une ouverture aux marchés financiers qui soulève une question fondamentale : dans quelle mesure l’État français conservera-t-il un contrôle réel sur cet outil stratégique ?
Le groupe a mandaté Lazard comme conseiller financier et a renforcé son conseil d’administration avec Christian Schulz, ancien directeur financier du groupe RENK, dont l’expérience sur les marchés de capitaux constitue un signal délibéré adressé aux investisseurs institutionnels.
Une expansion industrielle sous tension
Pour faire face à une demande qui dépasse ses capacités actuelles, KNDS explore l’acquisition d’une ancienne usine Mercedes-Benz à Ludwigsfelde, près de Berlin, afin d’y produire des chars Leopard 2 et des blindés Boxer. La pression sur l’outil industriel illustre l’ampleur du réarmement en cours sur le continent.
KNDS, fruit d’une ambition franco-allemande aux contours troublants
KNDS est né en 2015 de la fusion entre l’allemand Krauss-Maffei Wegmann — producteur du Leopard et du PzH 2000 — et le français Nexter Systems, connu pour le char Leclerc et le Caesar. La holding est enregistrée aux Pays-Bas, avec un siège à Amsterdam, tandis que les opérations restent ancrées à Munich, Kassel, Versailles et Roanne.
Que le fleuron de l’industrie blindée française soit domicilié à Amsterdam, soumis demain aux humeurs des marchés financiers mondiaux, voilà qui mérite que la France pose clairement la question de sa souveraineté industrielle et militaire. Le César est une fierté nationale ; son destin ne saurait être confié aux seuls actionnaires.
Le PDG Jean-Paul Alary a déclaré : « En tant qu’architecte de solutions de défense terrestre intégrées, KNDS joue un rôle central dans la conception et l’orchestration de capacités de systèmes de systèmes. »
