Loi de programmation militaire : le Sénat réclame 450 milliards d’euros pour rearmer la France

Le Sénat veut aller plus loin que l’exécutif sur le budget de la défense

Ce mercredi 27 mai 2026, la commission Défense du Sénat a voté un amendement ajoutant 14 milliards d’euros aux 36 milliards déjà demandés par le gouvernement dans l’actualisation de la Loi de programmation militaire (LPM). Un signal fort : la chambre haute entend imposer ses propres priorités stratégiques face à un exécutif jugé insuffisamment ambitieux.

Avec cette hausse, le pic des dépenses militaires atteindrait 450 milliards d’euros d’ici la fin de la décennie, soit 2,7 % du PIB. Un chiffre vertigineux, mais que ses défenseurs présentent comme le strict minimum face aux menaces qui se multiplient aux portes de l’Europe.

Des lacunes capacitaires criantes : Rafale, frégates, drones

Le sénateur Cédric Perrin, membre de la commission des Forces armées, ne mâche pas ses mots : les armées françaises souffrent de carences graves que l’État a trop longtemps différées. Le tableau capacitaire a été revu en profondeur.

Au programme : 20 Rafale Air supplémentaires, 10 Rafale Marine, trois frégates, des capacités aérobalistiques à 1 000 kilomètres utilisables par les trois armes, ainsi que des investissements dans les drones navals et furtifs. Ces commandes répondent directement aux demandes formulées par le ministre des Armées dès février 2025.

« À force de repousser aux calendes grecques un certain nombre de commandes, on perd du temps et on est livré très tardivement », a martelé Cédric Perrin. La France ne peut plus se permettre de tergiverser.

Un signal stratégique adressé à nos adversaires

L’état-major des armées a alerté à plusieurs reprises sur le risque d’un conflit avec la Russie d’ici la fin de la décennie. Dans ce contexte, le vote du Sénat dépasse le simple cadre budgétaire : il constitue un signalement stratégique adressé autant à nos alliés qu’à nos adversaires potentiels.

« Nous sommes observés par nos adversaires, qui regardent ce que nous faisons et ce que nous votons », a rappelé Cédric Perrin avec une clarté qui devrait faire réfléchir. La crédibilité de la dissuasion française se joue aussi dans les hémicycles.

Le sénateur dresse un tableau géopolitique alarmant : précurseurs envoyés au Groenland, groupe aéronaval déployé à Chypre, tensions dans le détroit d’Ormuz, Ukraine en difficulté. Les théâtres d’opérations se multiplient, et la France doit être prête.

Une LPM sincère, enfin ?

La question de fond est celle de la sincérité budgétaire. Les investissements réels restent votés chaque année dans le projet de loi de finances, et le « supermarché de 50 milliards » souhaité par le Sénat ne sera vraisemblablement adopté qu’après l’élection présidentielle.

Mais le débat est désormais ouvert — et il était temps. Comme le souligne Perrin, les quinze dernières années d’élections présidentielles se sont déroulées sans aucun débat sérieux sur la défense nationale. Cette lacune démocratique, dans un monde en guerre, n’est plus acceptable.

La grandeur de la France ne se décrète pas : elle se finance, se planifie et s’assume. Le Sénat vient de rappeler cette vérité élémentaire à un gouvernement qui semblait l’avoir oubliée.

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