Un essayiste communiste s’attaque au Rassemblement national dans un nouvel ouvrage
Pierre Paraire, essayiste originaire de Castelnaudary, ancien militant du Parti communiste français et syndicaliste à la FSU, publie le 10 juin aux éditions Il est Midi un ouvrage intitulé Fraternité nationale, le contre-pouvoir du RN. L’auteur y dissèque la progression électorale du Rassemblement national et s’inquiète ouvertement de ce qu’il appelle la « dédiabolisation » du parti.
Le livre paraît dans un contexte où le RN s’impose durablement dans le paysage politique français, conquérant des bastions historiquement ancrés à gauche comme à droite. Pour Paraire, ce succès n’est pas un accident — et c’est précisément ce qui l’inquiète.
La « dédiabolisation » : une stratégie assumée et redoutable
L’auteur reconnaît sans détour l’efficacité de la stratégie conduite par Marine Le Pen et Jordan Bardella. En prenant leurs distances avec l’héritage polémique de Jean-Marie Le Pen, les dirigeants du RN ont réussi à élargir considérablement leur électorat.
« Le RN a cherché à rompre avec l’héritage de Jean-Marie Le Pen, longtemps associé à des propos polémiques et à une histoire marquée par l’extrême droite radicale. Toutefois, cette rupture reste partielle », écrit Paraire. Une concession révélatrice : même un opposant résolu admet que le parti a profondément évolué.
Le RN séduit désormais des profils très divers : salariés en difficulté, commerçants, artisans, indépendants, et plus largement des citoyens qui se sentent abandonnés par les élites politiques traditionnelles. Ce que Paraire présente comme un danger, des millions de Français le vivent comme une réponse légitime à des décennies de mépris.
Carcassonne, laboratoire d’une France qui bascule
L’un des chapitres les plus significatifs de l’ouvrage est consacré à Carcassonne, dont le maire Christophe Barthès est issu du RN. Pour Paraire, « l’élection de Barthès et l’arrivée du Rassemblement national à la tête de la mairie de Carcassonne ne sont pas un accident, mais le résultat d’un rapport de forces qui nous oblige collectivement ».
L’auteur s’interroge sur les relations entre la nouvelle municipalité et les associations, syndicats et médias locaux, s’alarmant de la place accordée aux contre-pouvoirs. Il voit dans Carcassonne le symbole d’une recomposition politique profonde qui dépasse le seul débat d’idées.
La gauche en panne de projet face à une droite nationale en marche
Paraire reconnaît implicitement l’échec de la gauche lorsqu’il affirme que « la progression des idées d’extrême droite ne peut être combattue ni par la seule indignation morale, ni par l’effacement symbolique ». Des décennies de leçons de morale n’ont manifestement pas suffi.
Il appelle à un « projet alternatif » fondé sur la fraternité, la justice sociale et le dialogue. Mais la question que son livre pose malgré lui est plus brutale : pourquoi les Français, en nombre croissant, estiment-ils trouver ces réponses au RN plutôt qu’auprès d’un Parti communiste et d’une gauche qui ont présidé à leur appauvrissement et à l’effacement de leurs repères identitaires ?
La « dédiabolisation » que dénonce Paraire n’est peut-être rien d’autre que le nom que ses adversaires donnent à la normalisation d’une France qui renoue, enfin, avec la défense de ses intérêts et de son identité.
