Un couac gouvernemental aux allures de fiasco diplomatique
Le 16 juin 2025, à la veille du salon VivaTech, le Premier ministre Sébastien Lecornu annonçait en grande pompe un plan de 655 millions d’euros pour l’intelligence artificielle. Clou du spectacle : la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) aurait rompu avec l’américain Palantir au profit de l’entreprise française ChapsVision. La souveraineté numérique, enfin !
La mise en scène n’a pas tenu vingt-quatre heures. Dès l’après-midi, Palantir publiait depuis Paris un communiqué cinglant, contredisant point par point la version gouvernementale.
Palantir contre-attaque : le contrat « demeure pleinement en vigueur »
L’entreprise cofondée par Peter Thiel affirme sans ambiguïté que son contrat de long terme avec la DGSI, renouvelé fin 2025 pour plusieurs années, est toujours actif. Elle rappelle accompagner le renseignement intérieur français depuis plus de dix ans et assure que la coopération se poursuit « dans le respect des exigences les plus élevées en matière de sécurité et de protection des données ».
Deux récits radicalement incompatibles s’affrontent donc sur un sujet d’une extrême sensibilité : l’infrastructure logicielle du contre-espionnage français. La contradiction est totale, publique, et humiliante.
Matignon silencieux, la DGSI muette : qui ment ?
À l’heure où ces lignes sont écrites, ni Matignon ni la DGSI n’ont daigné répondre au démenti américain. Ce silence assourdissant ouvre deux hypothèses également accablantes pour l’exécutif.
Dans un cas comme dans l’autre, la France est perdante. Soit ses dirigeants instrumentalisent la souveraineté numérique comme argument de tribune sans en avoir les moyens réels, soit une entreprise américaine se permet de démentir impunément un Premier ministre français devant le monde entier.
La souveraineté numérique, grand récit ou grande illusion ?
Voilà qui illustre cruellement les limites d’une politique industrielle fondée sur les effets d’annonce. La dépendance structurelle de l’État français à l’égard des géants technologiques américains ne se décrète pas abolie lors d’un salon parisien. Elle se construit, patiemment, par des choix budgétaires, industriels et stratégiques assumés sur le long terme.
Pendant ce temps, ChapsVision attend toujours de savoir si elle a réellement décroché le contrat du siècle — ou si elle n’aura été, le temps d’un discours, qu’un faire-valoir de la communication gouvernementale.
