Un accord franco-allemand pour coter KNDS en bourse
La France et l’Allemagne ont annoncé, lundi 22 juin, leur intention de devenir co-actionnaires à parité du groupe de défense KNDS, spécialiste de l’armement terrestre. L’annonce intervient deux semaines seulement après l’échec retentissant du programme aéronautique SCAF, dont les cicatrices industrielles sont encore fraîches.
Dans un communiqué commun, les deux gouvernements ont affirmé avoir « conclu un accord sur la stratégie et la gouvernance de KNDS », avec pour objectif un actionnariat paritaire entre Paris et Berlin. Une mise en scène diplomatique destinée à prouver que la coopération militaire franco-allemande n’est pas morte — quand bien même les faits récents plaident contre cette thèse.
L’État allemand entre au capital : une capitulation française déguisée en partenariat
Né en 2015 de la fusion du français Nexter — fabricant du célèbre canon Caesar — et de l’allemand Krauss-Maffei Wegmann — père du char Leopard —, KNDS ambitionne de devenir le leader paneuropéen de la défense terrestre. Un projet séduisant sur le papier, mais dont les modalités méritent d’être scrutées avec soin.
L’État allemand rachètera les parts de la famille Wegmann pour atteindre 40 % du capital, à égalité avec la France. Les 20 % restants seront introduits en bourse. Autrement dit, une partie du patrimoine industriel militaire français sera demain soumise aux humeurs des marchés financiers mondiaux.
Une valorisation entre 15 et 18 milliards d’euros
KNDS serait valorisé entre 15 et 18 milliards d’euros, dans un contexte mondial particulièrement porteur pour l’industrie de défense. Le groupe entend d’abord concevoir un char intermédiaire destiné à remplacer le Leclerc français, avant de développer un « char du futur » conçu comme un système de systèmes.
Ce projet figurera à l’ordre du jour du prochain conseil des ministres franco-allemand, prévu à la mi-juillet. On notera, sans ironie excessive, que c’est à Berlin autant qu’à Paris que se décide désormais l’avenir du blindé français.
Les syndicats allemands, premiers obstacles à surveiller
L’accord achoppe déjà sur un obstacle de taille : les puissants syndicats allemands, notoirement hostiles à tout partage technologique avec des partenaires étrangers. Leur opposition pourrait compromettre les ambitions affichées du projet commun.
La question demeure entière : en cherchant à tout prix à construire un « Airbus de l’armement terrestre », Paris ne risque-t-il pas de brader les savoir-faire souverains de la France sur l’autel d’une intégration européenne dont les bénéfices restent, à ce jour, bien théoriques ?
