Après la FINUL : Paris et Rome veulent imposer leur coalition au Liban — mais à quel prix pour la souveraineté française ?

Macron et Meloni annoncent une coalition multinationale pour succéder à la FINUL au Liban

Lors d’un sommet franco-italien tenu à Antibes le 25 juin, Emmanuel Macron et Giorgia Meloni ont annoncé leur intention de constituer une coalition multinationale destinée à prendre le relais de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL), dont le mandat expire en décembre prochain. L’objectif affiché : renforcer la souveraineté libanaise et prévenir tout vide sécuritaire dans le sud du pays.

« Nous voulons lancer une coalition sur le dispositif post-FINUL, évidemment en coordination avec l’Union européenne et les Nations Unies, pour renforcer la souveraineté du Liban et de ses forces armées », a déclaré Macron. Une ambition formulée en termes nobles — mais qui mérite d’être examinée avec la rigueur que commande l’intérêt national français.

Une initiative franco-italienne, mais sous tutelle bruxelloise et onusienne

La Première ministre italienne Giorgia Meloni a évoqué la tenue prochaine d’une « conférence internationale » pour lancer cette initiative, en associant « de nombreux partenaires européens » et des acteurs du Moyen-Orient. Elle a insisté sur la nécessité d’éviter « un vide sécuritaire extrêmement dangereux ».

Pourtant, l’empressement à placer cette coalition « en coordination avec l’Union européenne » soulève une question fondamentale : la France entend-elle agir en puissance souveraine, héritière du gaullisme et de sa tradition d’indépendance diplomatique, ou accepte-t-elle de diluer son action dans les méandres d’une gouvernance multilatérale dont elle n’est plus maîtresse ?

Le problème du mandat : la FINUL, un échec institutionnel reconnu

Les deux dirigeants ont convenu que la future coalition devra disposer d’un « cadre juridique international » et d’un « mandat clair » — ce qui constitue une critique implicite et sévère de la FINUL elle-même, dont l’impuissance opérationnelle est désormais officiellement admise.

« Sera-t-il le mandat d’une force multinationale aux côtés des forces armées libanaises ? Est-ce qu’on pourra bâtir avec un vrai mandat des Nations Unies ? Il est trop tôt pour répondre », a reconnu Macron, révélant ainsi le flou stratégique qui entoure cette annonce.

La FINUL compte actuellement 7 500 Casques bleus issus d’une cinquantaine de pays, déployés le long de la Ligne bleue — frontière de facto de 120 kilomètres séparant le Liban d’Israël. Depuis la reprise des hostilités entre Israël et le Hezbollah le 2 mars, sept Casques bleus ont été tués. L’armée israélienne a mené son incursion la plus profonde au Liban depuis l’an 2000.

La France, puissance sacrifiée sur l’autel du multilatéralisme ?

Paris et Rome sont les deux principaux contributeurs à la FINUL. En engageant des soldats français dans une nouvelle mission aux contours juridiques encore indéfinis, Macron prend le risque d’exposer la France à des obligations militaires sans contrepartie stratégique claire.

Macron a par ailleurs mentionné l’attente, « dans les prochains jours », d’un soutien de l’Arabie saoudite aux forces armées libanaises — sans davantage de précisions. Une discrétion qui en dit long sur la fragilité des équilibres diplomatiques en jeu.

La vraie question n’est pas de savoir si la France doit s’engager au Liban — pays avec lequel elle entretient des liens historiques, culturels et civilisationnels profonds, héritage de son mandat et de sa mission protectrice des chrétiens d’Orient. La question est de savoir si elle le fera en puissance indépendante, au service de ses intérêts et de ses valeurs, ou en simple exécutante d’un agenda bruxellois et onusien qui n’a jamais su imposer la paix au Proche-Orient.

Un précédent historique lourd de leçons

La France a une longue mémoire au Liban. De l’attentat du Drakkar en 1983, qui coûta la vie à 58 parachutistes français, aux humiliations répétées infligées aux Casques bleus de la FINUL par les belligérants successifs, l’histoire enseigne que l’engagement militaire sans mandat robuste ni volonté politique ferme se solde invariablement par des sacrifices inutiles.

Défendre la souveraineté libanaise est une cause juste — à condition que la France défende d’abord la sienne.

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