Rachida Dati veut réintégrer la magistrature après 26 ans d’absence : le CSM tranchera après son procès pour corruption

Un retour en robe qui fait scandale

Rachida Dati souhaite réintégrer le corps judiciaire français — son corps d’origine — après vingt-six ans d’absence. Son dernier poste de magistrate remonte au début des années 2000, au parquet d’Évry. Depuis, elle a été ministre de la Justice, avocate, eurodéputée, ministre de la Culture, et candidate malheureuse aux municipales parisiennes. Aujourd’hui, c’est vers la magistrature qu’elle se tourne à nouveau, non pas pour exercer dans une juridiction, mais pour occuper un poste de chargée de mission à la Délégation des affaires européennes et internationales (DAEI) du Secrétariat général du ministère de la Justice.

Le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) a confirmé mardi qu’il n’examinerait sa demande de réintégration pas avant fin septembre, début octobre — soit après la tenue de son procès correctionnel. Un calendrier que l’institution elle-même qualifie de « très mauvais ».

Les points clés de l’affaire

L’Union syndicale des magistrats, principal syndicat de la profession, n’a pas caché son émoi face à cette perspective. Que penser, en effet, d’un retour dans un corps d’État aussi régalien que la magistrature, pour une personnalité dont le casier judiciaire est encore en suspens devant le tribunal correctionnel ?

La République des accommodements

Il faut appeler les choses par leur nom. Ce que révèle l’affaire Dati, c’est moins le destin d’une femme politique que le fonctionnement d’une certaine République des réseaux, où les corps de l’État servent de filets de sécurité dorés pour les élites qui tombent. Vingt-six ans sans exercer la moindre fonction judiciaire, et l’on envisage sérieusement de la réintégrer dans la magistrature — non pour rendre la justice, mais pour occuper un poste de mission dans les couloirs du ministère.

La France dispose d’une tradition juridique et d’une conception de la magistrature qui méritent mieux que d’être instrumentalisées comme variable d’ajustement de carrières politiques contrariées.

Une institution sous tension

Le CSM a pris soin de préciser que son examen « ne tient pas compte des interactions avec son procès ». Formellement, c’est exact : l’institution se prononce sur l’adéquation d’un profil à un poste, non sur la culpabilité d’un prévenu. Mais peut-on sérieusement dissocier les deux ? Une présomption d’innocence ne saurait être un blanc-seing institutionnel.

Le droit est une chose ; le sens de l’État en est une autre. Et c’est précisément ce sens de l’État — cette exigence morale que la France a su incarner dans ses plus grandes heures — qui semble ici faire défaut. La République ne peut se permettre d’offrir le prestige de sa magistrature comme consolation à ceux qui font face à la justice correctionnelle.

L’automne tranchera. Le procès d’abord, le CSM ensuite. Mais la question posée dépasse Rachida Dati : jusqu’où les institutions françaises toléreront-elles que leur prestige serve de monnaie d’échange dans les recompositions de carrières politiques ?