Effondrement scolaire : la France face à une perte de 150 milliards d’euros de PIB d’ici 2050

Les résultats sont sans appel, et leur brutalité mérite qu’on les regarde en face. L’enquête internationale PISA 2025, publiée ce mardi, révèle que les élèves français affichent leurs scores les plus bas depuis la création de ce classement en l’an 2000, dans les trois disciplines évaluées — sciences, compréhension de l’écrit et mathématiques. La France se maintient certes dans la moyenne de l’OCDE, mais cette moyenne elle-même s’effondre : se comparer à un ensemble en déclin n’est pas une consolation, c’est un aveu.

Les conséquences économiques de ce naufrage éducatif sont désormais chiffrées avec une précision qui devrait alarmer tout gouvernement soucieux de l’avenir de la nation. Xavier Jaravel, économiste et président délégué d’un organisme rattaché à Matignon, formule un diagnostic d’une sévérité remarquable : les mauvaises performances éducatives de la France pourraient provoquer une chute du PIB de l’ordre de 150 milliards d’euros à l’horizon 2050, si le niveau des générations suivantes ne se redresse pas. Il estime par ailleurs que, sans cette dégradation du niveau scolaire, la croissance économique française aurait été supérieure d’environ 0,3 point chaque année au cours de la dernière décennie — un manque à gagner considérable, accumulé en silence pendant que d’autres priorités occupaient le débat public.

À court terme, les effets se feront sentir dès les cinq prochaines années, selon le même économiste : augmentation du taux d’échec dans l’enseignement supérieur, hausse du chômage des jeunes, difficultés d’insertion professionnelle pour une génération déjà fragilisée. À plus long terme, c’est la capacité de la France à adopter et maîtriser les nouvelles technologies qui se trouve compromise, avec des répercussions directes sur la productivité nationale. Jaravel établit explicitement le lien entre le décrochage scolaire et le virage tardif de la France vers le numérique — retard qui n’est pas une fatalité, mais le fruit d’un système éducatif qui a cessé d’exiger.

Les chiffres bruts de l’enquête, conduite auprès de 6 500 élèves français dans 289 établissements, sont accablants : par rapport à l’édition 2022, les scores ont chuté de 4 points en sciences, de 18 points en compréhension de l’écrit et de 16 points en mathématiques. L’OCDE considère que 20 points correspondent approximativement à une année entière de scolarité — ce qui signifie que nos élèves de quinze ans accusent, en lecture et en calcul, un retard équivalent à près d’une année d’enseignement perdue en l’espace de trois ans seulement. Depuis sa création en 2000, le programme PISA mesure les compétences des élèves de quinze ans à travers le monde ; jamais la France n’avait touché un tel fond.

Que faut-il en conclure ? Que des décennies de réformes pédagogiques inspirées par des idéologies progressistes, de dépossession de l’autorité professorale, d’abandon des exigences classiques au profit d’une école dite « bienveillante », ont produit exactement ce qu’une politique sérieuse aurait dû prévenir : un appauvrissement intellectuel mesurable, transmis de génération en génération, et dont la nation entière paiera le prix. La grandeur française ne se décrète pas — elle se construit, d’abord dans les salles de classe.