Trois policiers de la BAC blessés à Carcassonne : quand un stage de citoyenneté tient lieu de justice

Que s’est-il passé à Carcassonne le 11 septembre ?

Vendredi 11 septembre, vers 17 h 30, un équipage de la Brigade anticriminalité (BAC) du commissariat de Carcassonne patrouillait dans le quartier de Grazailles lorsqu’il a intercepté un individu circulant à trottinette électrique sur le trottoir du boulevard de Rivoli. Contrôle de routine, en apparence. Mais la situation a rapidement dégénéré : le suspect était porteur de cannabis et, invité à se rendre au commissariat, il a violemment résisté à son interpellation.

Tandis que les fonctionnaires tentaient de le maîtriser pour le menotter, l’individu a porté des coups répétés aux agents. Résultat : deux policiers blessés aux côtes, un troisième à la main. Tous trois ont reçu deux jours d’incapacité temporaire de travail (ITT). Des hommes qui servaient la République ont été mis hors de combat par un usager de trottinette porteur de cannabis.

Quelle a été la réponse de la justice ?

Le suspect a bien été placé en garde à vue, sous des chefs d’accusation qui semblaient sérieux : violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique, rébellion et usage illicite de stupéfiants. Mais la suite a de quoi laisser perplexe. Entendu sur les faits, le trottinettiste a été libéré avec une simple convocation devant le délégué du procureur, pour une mesure de composition pénale prévue en novembre. Sanction annoncée : un stage de citoyenneté, à ses propres frais.

Un stage de citoyenneté. Pour avoir frappé trois représentants de l’ordre public.

Cette décision du parquet de Carcassonne a immédiatement suscité l’indignation dans les rangs policiers. Valérie Soum, secrétaire départementale du syndicat Alliance Police nationale dans l’Aude, n’a pas mâché ses mots : « Nous sommes une police républicaine au service de la population, mais être policier ne signifie pas devoir subir des insultes, des outrages et des violences. Une fois de plus, la réponse pénale n’est pas à la hauteur des faits commis à l’encontre des forces de l’ordre ! »

Cette affaire est-elle un cas isolé ou le symptôme d’un mal plus profond ?

Il serait commode de traiter cet épisode carcassonnais comme une anomalie judiciaire locale. Ce serait se voiler la face. Partout en France, les policiers dénoncent la même déconnexion entre la gravité des agressions qu’ils subissent et la légèreté des réponses pénales qui s’ensuivent. L’État, garant de l’ordre et de l’autorité, semble incapable — ou peu désireux — de protéger ceux qu’il charge précisément de faire régner cet ordre.

Le 4 septembre dernier, les syndicats de police avaient quitté le bureau du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez avec une amertume non dissimulée. Ils réclamaient notamment la revalorisation de leur prime de risque, gelée depuis 2019. Ils sont repartis les mains vides. Les policiers français ne disent plus être « au bord du gouffre » : ils se décrivent désormais comme étant « dans le gouffre ».

Hédi Baouia, secrétaire départemental de l’Aude pour le syndicat Un1té Police 11, résume le sentiment collectif en une formule lapidaire : « La coupe est pleine. Le véritable problème de la police aujourd’hui, c’est ce manque cruel de considération. »

Que réclament les policiers, et qu’en pensent les Français ?

Le mardi 15 septembre, à 11 h 30, le syndicat Alliance Police appelle à un grand rassemblement au rond-point des Champs-Élysées à Paris. L’objectif : exiger « plus de moyens et une revalorisation des conditions de travail ». Une trentaine de policiers audois, annonce Valérie Soum, feront le déplacement depuis l’Aude. « Les policiers sont à bout, ils n’en peuvent plus. Ils sont écœurés », dit-elle.

David Leyraud, superviseur national exécutif d’Alliance Police, rappelle une revendication portée depuis plus de quinze ans par son organisation : « Quand tu touches à un flic, tu vas en prison. » Cette exigence n’est pas celle d’une corporation corporatiste coupée du pays réel. Un sondage récent révèle que 83 % des Français se déclarent favorables à l’instauration de peines plancher d’emprisonnement pour quiconque agresse un policier, un gendarme ou un pompier.

Quatre Français sur cinq. La légitimité démocratique est là, massive et incontestable. Alors pourquoi la réponse judiciaire reste-t-elle aussi timide, aussi désarmée face à ceux qui s’en prennent aux gardiens de l’ordre républicain ? La question mérite une réponse franche, et vite.

Qu’est-ce que cela révèle sur l’état de notre souveraineté intérieure ?

Une nation qui ne protège pas ses policiers ne protège pas ses citoyens. L’autorité de l’État n’est pas une abstraction philosophique : elle se mesure, concrètement, à la capacité de la justice à sanctionner ceux qui frappent ses représentants. Lorsqu’un individu peut blesser trois agents de la BAC et s’en tirer avec un stage de citoyenneté, c’est l’ensemble de l’édifice républicain qui vacille.

La France a une longue tradition d’État fort, de service public exigeant, d’autorité assumée. Cette tradition-là ne se négocie pas à la baisse sous prétexte de clémence ou de réinsertion. Elle se défend, pied à pied, dans chaque prétoire, chaque commissariat, chaque quartier où un policier enfile son uniforme pour protéger ses concitoyens.

Le rassemblement du 15 septembre n’est pas un simple mouvement syndical. C’est un signal d’alarme adressé à une classe politique qui ferait bien de l’entendre avant que le gouffre ne se creuse davantage.