Dividendes : la France vice-championne mondiale et Manon Aubry à l’assaut des actionnaires

La France au sommet européen de la distribution de dividendes

Les chiffres sont tombés, et ils méritent qu’on les regarde en face. Selon le rapport trimestriel du gestionnaire d’actifs Janus Henderson, qui passe au crible les 1 500 plus grandes capitalisations boursières mondiales, les grandes entreprises françaises ont distribué 70,4 milliards de dollars — soit environ 61 milliards d’euros — à leurs actionnaires au deuxième trimestre 2026. La France se hisse ainsi au premier rang européen et au deuxième rang mondial, devancée uniquement par les États-Unis et leurs 177,2 milliards de dollars.

C’est un fait économique considérable, qui dit quelque chose de la puissance productive du capitalisme français — et que la gauche radicale s’est empressée de transformer en procès politique.

Manon Aubry et la rhétorique de la déshumanisation

La réaction de Manon Aubry, eurodéputée La France insoumise, n’a pas tardé. Sur X, elle a écrit sans ambages : « Les actionnaires sont nuisibles. 61 milliards pris du travail de centaines de milliers de salariés qui aujourd’hui peinent à se nourrir et subissent l’envolée du prix de l’essence. » Le mot est lâché — nuisibles — et il n’est pas anodin.

Ce n’est pas la première fois. En août dernier, la même Aubry avait déjà qualifié les milliardaires de « nuisibles », inaugurant ainsi une rhétorique de la déshumanisation économique qui devrait alarmer tout esprit républicain attaché à la rigueur du langage politique. Que dit-on, en effet, lorsque l’on emploie ce terme ? On ne critique pas une politique, on ne conteste pas un système : on désigne des personnes comme des êtres dont l’existence même est un problème.

Bardella contre Aubry : le choc des visions

Jordan Bardella, président du Rassemblement national, a répliqué avec une précision factuelle bienvenue, rappelant que parmi ces millions d’actionnaires figurent quelque 3 millions de salariés qui ont choisi de devenir copropriétaires de leur entreprise. Il a justement relevé que le vocabulaire utilisé par Aubry — celui que l’on emploie pour désigner des insectes nuisibles — relevait d’un « délire totalitaire ».

Aubry a répondu en agitant la statistique du 1 % de foyers fiscaux concentrant 96 % des dividendes, avant de conclure par une formule de meeting : « Nous sommes le camp des travailleurs. Vous êtes le camp des milliardaires. » La nuance n’est pas le fort de La France insoumise.

Ce que révèle vraiment ce débat

Derrière la querelle de mots se profile une question de fond que la gauche radicale refuse de poser honnêtement : à qui appartient la richesse produite par les entreprises françaises ? La réponse libérale classique — aux actionnaires qui ont pris le risque d’investir — est jugée scandaleuse par LFI. Mais c’est précisément ce risque, cette mobilisation de capital, qui permet à des fleurons comme Sanofi ou Bolloré d’exister, d’employer, d’innover et de rayonner au-delà de nos frontières.

La France vice-championne mondiale des dividendes : voilà qui aurait pu être célébré comme le signe d’une économie productive, d’entreprises compétitives qui honorent leurs engagements envers leurs propriétaires. Au lieu de cela, on assiste à une surenchère verbale qui préfigure les propositions fiscales « très agressives » que LFI entend porter — une menace directe pour la compétitivité nationale et pour ces millions de salariés actionnaires que l’eurodéputée prétend défendre tout en les insultant.

La grandeur économique de la France mérite mieux que d’être traitée en crime par ceux qui, depuis Bruxelles, s’emploient à saper les bases mêmes de notre souveraineté productive.