Dette publique française : la « règle d’or » budgétaire, ou l’art de feindre la rigueur

La France s’enfonce dans ses contradictions budgétaires avec une constance qui forcerait l’admiration si elle n’était aussi ruineuse. Voilà que resurface, dans le débat politique, l’idée d’une « règle d’or » nationale qui contraindrait enfin l’État à l’équilibre budgétaire — comme si la France n’avait pas déjà souscrit, en 2012, à un engagement européen de cette nature, et comme si la multiplication des règles suppléait à la volonté politique qui fait défaut.

L’économiste Jean-Marc Daniel, professeur à l’ESCP Business School, rappelle une vérité que nos élites semblent s’être collectivement appliquées à oublier : la règle d’or budgétaire existe déjà, inscrite à l’article 3 du Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance — le TSCG —, ratifié par la France en 2012, qui impose l’équilibre des finances publiques aux États signataires. Voter une nouvelle règle nationale serait donc non seulement redondant, mais révélateur d’une hypocrisie politique d’une rare impudence : on feint de découvrir un remède que l’on a déjà prescrit, et que l’on n’a jamais appliqué.

Ce théâtre de la rigueur simulée a un nom : c’est celui que Molière donna à son personnage le plus célèbre.

Il convient ici de formuler les points essentiels que cette controverse met en lumière, car ils touchent à des questions de souveraineté nationale et de gouvernance économique qui engagent l’avenir de la France bien au-delà des prochains débats budgétaires.

Ce qui frappe, dans ce débat, c’est moins l’indigence des solutions proposées que la résignation qu’elles trahissent. La France, qui sut jadis imposer au monde ses propres règles de droit et de gouvernance, en est réduite à négocier des accommodements avec une banque centrale dont elle ne contrôle pas les statuts et dont elle ne dicte pas la politique. De Gaulle, qui avait su tenir tête au dollar et refuser la vassalité atlantique, reconnaîtrait-il dans cette posture l’héritage qu’il entendait transmettre ?

La véritable règle d’or, celle que la France devrait se donner, n’est pas celle que Bruxelles ou Francfort lui souffleront : elle naîtrait d’une volonté nationale souveraine, d’un État qui assume ses dépenses, choisit ses priorités et refuse de déléguer à des technocraties étrangères la définition de son destin budgétaire. Tout le reste n’est que tartufferie.