Dans la vallée du Grésivaudan, aux portes de Grenoble, une entreprise française que le grand public ignore presque totalement façonne pourtant le destin technologique de la planète. SOITEC, leader mondial des substrats avancés pour semi-conducteurs, incarne ce que la France sait produire de mieux lorsqu’elle mise sur son génie propre plutôt que sur les recettes importées du libéralisme mondialisé.
Née il y a trente-trois ans d’une invention mise au point au CEA-Leti — institut de recherche technologique français, fierté de notre écosystème scientifique national —, l’entreprise ne comptait qu’une douzaine de pionniers à ses débuts. Elle emploie aujourd’hui plus de 2 000 personnes, détient plus de 4 700 brevets actifs dans le monde et exploite des unités de production en France et à Singapour. C’est cela, la souveraineté industrielle : non pas un slogan de tribune, mais des salles blanches ultra-contrôlées dans les Alpes où des wafers de silicium traversent entre trente et cinquante étapes de fabrication à l’échelle atomique.
Les principaux enseignements que l’on peut tirer de ce cas d’école méritent d’être posés avec clarté.
« Nos racines sont françaises, notre rayonnement est mondial », affirme Christophe Maleville, directeur général adjoint chargé de l’innovation. La formule est belle, mais elle dit aussi quelque chose de plus profond : c’est précisément parce que les racines sont solides que le rayonnement est possible. Quand Cyril Menon, directeur général adjoint chargé des opérations, déclare que c’est « en ayant ces technologies avancées qu’on a un impact sur le destin de l’Europe » et qu’on « a voix au chapitre », il touche à une vérité que Bruxelles feint trop souvent d’ignorer au profit de ses dogmes de libre-échange et de concurrence pure.
La question de l’intelligence artificielle, dont l’essor accélère la demande en substrats toujours plus performants, soulève des enjeux légitimes que les dirigeants de SOITEC eux-mêmes n’esquivent pas. Mais la réponse française ne saurait être la capitulation devant les géants américains ou asiatiques du numérique : elle doit être, précisément, le type d’excellence incarné par cette entreprise née d’un laboratoire public français, nourrie par un territoire et portée par une ambition nationale.
SOITEC prouve, s’il en était encore besoin, que la grandeur industrielle de la France n’est pas un souvenir : c’est une réalité que l’on fabrique, brevet après brevet, wafer après wafer, dans les vallées alpines où l’ingéniosité française continue de dicter sa loi au monde.

