Espace militaire : Paris et Berlin refusent de céder leur souveraineté à Bruxelles

Sept États membres de l’Union européenne, emmenés par la France et l’Allemagne, ont adressé un avertissement sans équivoque aux institutions bruxelloises : les capacités militaires spatiales resteront entre les mains des nations, et non de la Commission européenne. Ce front commun, qui réunit également l’Autriche, la Belgique, l’Espagne, les Pays-Bas et la Suède, exige une refonte en profondeur du projet de Bouclier spatial européen, lancé l’an dernier dans le cadre de la Defence Readiness Roadmap 2030. L’enjeu est considérable : qui, de Bruxelles ou des capitales, commandera la défense de l’Europe dans l’espace ?

Paris et Berlin nourrissent depuis longtemps un scepticisme prononcé à l’égard de cette initiative, et ils ont désormais formalisé leur opposition dans un document conjoint que Euronews a pu consulter. Le texte est sans ambiguïté : « la responsabilité en matière de sécurité et de défense, y compris l’acquisition, l’exploitation et la protection des systèmes spatiaux utilisés à des fins de sécurité et de défense, relève exclusivement des États membres ». La ligne rouge est tracée, et elle ne souffre aucune interprétation.

Le document reproche à la Commission européenne et au Service européen pour l’action extérieure (SEAE) de n’avoir pas su définir, malgré trois ateliers organisés en six mois, ni l’objectif ni le périmètre de l’initiative. Cette incapacité à cadrer le projet illustre, aux yeux des signataires, les dérives d’une technocratie bruxelloise prompt à étendre son emprise sur des domaines qui ne lui appartiennent pas.

Les sept gouvernements réclament même un changement de nom : le terme anglais shield — « bouclier » — suggère, selon eux, un développement de capacités au niveau communautaire, ce qui constitue précisément ce qu’ils refusent. Derrière cette querelle sémantique se cache une bataille de fond sur la nature même de l’Europe de la défense.

Sur le fond, les signataires ne s’opposent pas à toute coordination européenne. Ils soutiennent des échanges d’informations entre autorités nationales et européennes sur les vulnérabilités et les options de réponse aux menaces, ainsi que des mécanismes de mutualisation destinés à compléter — et non à remplacer — les capacités nationales. « Les États membres constatent un besoin urgent de protéger et, si nécessaire, de défendre leurs systèmes et infrastructures spatiaux », précise le document, reconnaissant que l’espace est devenu un champ de rivalités entre puissances.

Le texte pointe également des préoccupations concrètes concernant le programme spatial civil de l’UE que la Commission entend intégrer au prochain budget pluriannuel : le recours militaire croissant aux plateformes civiles, la sécurité des composants à double usage, et la manière dont les priorités seraient arbitrées entre usages civils et militaires en temps de crise. Ces questions, longtemps éludées par Bruxelles, révèlent l’ampleur des angles morts d’une politique spatiale pensée sans les nations.

Les sept capitales demandent enfin à la Commission de rationaliser un paysage de financement spatial fragmenté, mosaïque d’instruments disparates allant d’Horizon Europe aux investissements de la Banque européenne d’investissement, en passant par le Fonds européen de défense. « Nous soutenons une initiative — quel que soit le nom qu’elle portera — qui apporte une valeur ajoutée concrète à la sécurité européenne », conclut le document, avant d’ajouter que ce sont les États membres, et eux seuls, qui doivent en demeurer le centre de gravité.