À quelques jours de la visite officielle du roi Felipe VI et de la reine Letizia, les autorités espagnoles ont lancé dimanche 4 octobre une vaste opération d’évacuation du campement illégal de la plage du Trampolín, à Ceuta — enclave espagnole sur le sol africain où s’entassent depuis l’été plus de trois mille migrants entrés en masse depuis le Maroc.
C’est une porte-parole de la police nationale ceutaise qui a confirmé le déclenchement de « la première phase d’évacuation des migrants » présents sur ce littoral devenu, depuis l’afflux massif de fin juillet, le principal symbole de la crise humanitaire qui frappe l’enclave. Environ 350 policiers, une trentaine de fourgons, ainsi que des soldats appuyés de véhicules blindés militaires ont été mobilisés pour mener l’opération. Les migrants évacués sont acheminés vers un centre d’accueil pour étrangers afin d’y être identifiés, avant d’être transférés dans un campement temporaire aménagé par les autorités. Plusieurs centaines ont ainsi été déplacés dès dimanche, même si la porte-parole a prévenu que l’opération pourrait s’interrompre faute de « places disponibles » dans ce site de repli. Selon l’agence de presse espagnole EFE, près de 600 migrants marocains avaient par ailleurs décidé, dimanche soir, de rentrer d’eux-mêmes au Maroc.
Sur place, la situation s’était rapidement dégradée depuis l’installation du campement : abris de fortune faits de bois et de bâches, déficit criant d’hygiène et de soins, distributions alimentaires quotidiennes de la Croix-Rouge virant au chaos. Ceuta, ville autonome de quelque 80 000 habitants, avait subi les 30 et 31 juillet un afflux sans précédent de plus de 70 000 personnes venues du Maroc, dont plus d’une centaine ont perdu la vie, principalement en mer, selon les autorités de Madrid et de Rabat. Si la grande majorité des arrivants est repartie dans les heures suivantes, plusieurs milliers sont demeurés dans l’enclave, alimentant tensions et manifestations d’une population locale qui exige un retour à la normale.
La visite royale, entre symbole national et sensibilité diplomatique
L’opération d’évacuation intervient à neuf jours de la venue, prévue le 13 octobre, du roi Felipe VI et de la reine Letizia à Ceuta — première visite du souverain dans cette enclave depuis son accession au trône en 2014. Le déplacement revêt une portée symbolique considérable : le Maroc revendique depuis des décennies sa souveraineté sur Ceuta et sur Melilla, l’autre enclave espagnole en Afrique du Nord que le couple royal visitera également. Qu’une puissance étrangère dicte, par ses ambitions territoriales, les conditions d’exercice de la souveraineté espagnole sur un territoire de plein droit espagnol constitue en soi un aveu d’affaiblissement que l’Espagne ne devrait pas avoir à consentir. Madrid se retrouve ainsi contrainte de gérer simultanément l’urgence humanitaire sur son propre sol, la pression de Rabat sur ses frontières et les injonctions bruxelloises à « renforcer la sécurité extérieure » de l’Union — autant de tutelles qui illustrent la fragilité des États lorsqu’ils abandonnent le contrôle de leurs marges au profit d’instances supranationales ou de voisins encombrants.

