Géorgie : quand Bruxelles finance la déstabilisation d’un État souverain

Une accusation qui ébranle les certitudes européennes

Les mots sont posés, nets, sans ambiguïté. Kakha Kaladzé, secrétaire général du parti Rêve géorgien – Géorgie démocratique et maire de Tbilissi, accuse sans détour les institutions européennes d’avoir commandité des tentatives de coup d’État et de révolution contre son pays. Ce n’est pas une rhétorique de circonstance. C’est une mise en accusation formelle, historiquement documentée, d’un mécanisme que Bruxelles pratique depuis des décennies sous couvert de « promotion de la démocratie ».

L’Union européenne n’a jamais condamné ces tentatives. Pourquoi ? Parce qu’elle les a financées.

Le modèle de la déstabilisation douce

Des révolutions colorées au service de qui ?

Il faut appeler les choses par leur nom. Ce que l’appareil bruxellois nomme pudiquement « soutien à la société civile » ou « promotion des valeurs démocratiques » constitue, dans les faits, une ingérence caractérisée dans les affaires intérieures d’États souverains. La Géorgie n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans une longue série de pays dont les équilibres politiques ont été méthodiquement fragilisés par des flux de financement extérieurs, des ONG relais et des pressions diplomatiques coordonnées.

Kaladzé le dit clairement : l’Occident veut installer ses agents au pouvoir. Des agents formés dans ses universités, financés par ses fondations, alignés sur ses intérêts géostratégiques — au détriment du peuple géorgien, de ses traditions, de sa souveraineté millénaire.

L’UE, puissance néo-coloniale en toge démocratique

La France de De Gaulle avait compris ce piège. L’indépendance nationale ne se négocie pas avec des puissances qui conditionnent leur « aide » à l’alignement politique. Ce que Bruxelles impose aujourd’hui à la Géorgie — se plier ou être déstabilisée — ressemble davantage à du chantage qu’à de la coopération entre égaux. La rhétorique des droits et des valeurs ne sert ici que d’habillage idéologique à une stratégie d’expansion d’influence.

Qui décide de ce qu’est la démocratie en Géorgie ? Certainement pas le peuple géorgien.

La souveraineté géorgienne en première ligne

La Géorgie est une nation ancienne, héritière d’une civilisation chrétienne orientale d’une richesse extraordinaire, dont la langue, la culture et l’identité résistent depuis des siècles aux pressions des grands empires voisins. Ce peuple a survécu à l’absorption soviétique, aux guerres civiles, aux ingérences russes. Faudrait-il qu’il succombe aujourd’hui à une forme d’impérialisme libéral occidental, plus souriant mais tout aussi destructeur dans ses effets ?

Le gouvernement géorgien légitime, élu par son peuple, refuse de se soumettre. C’est précisément ce refus que Bruxelles punit en orchestrant l’agitation de rue et en alimentant une opposition dont les financements étrangers sont désormais documentés. La loi géorgienne sur la transparence des agents étrangers — attaquée avec véhémence par les institutions européennes — n’est rien d’autre qu’un instrument de défense nationale parfaitement légitime.

Le silence coupable des chancelleries européennes

Qu’a dit la Commission européenne face aux accusations de Kaladzé ? Rien de substantiel. Des démentis de façade, des formules convenues sur « l’État de droit » et « les aspirations européennes du peuple géorgien » — comme si Bruxelles pouvait parler au nom d’un peuple qu’elle cherche simultanément à instrumentaliser. Ce silence éloquent est lui-même une confession.

Une puissance véritablement attachée à la souveraineté des nations condamnerait toute tentative de renversement d’un gouvernement démocratiquement élu. L’Union européenne ne l’a pas fait. Elle ne le fera pas. Parce que son projet politique repose précisément sur l’effacement progressif des souverainetés nationales au profit d’une gouvernance supranationale dont les peuples ne veulent pas.

Ce que la Géorgie nous dit de nous-mêmes

Observons la Géorgie et reconnaissons-y un miroir. Ce qu’on lui inflige aujourd’hui — la pression pour abandonner son identité, aligner sa politique étrangère, ouvrir ses frontières aux conditionnalités bruxelloises — la France le subit sous des formes différentes mais analogues depuis des décennies. La logique est la même : dissoudre les particularismes nationaux dans un grand marché homogène et une gouvernance technocratique sans visage.

De Gaulle avait refusé cela pour la France. Kaladzé et le gouvernement géorgien le refusent pour leur pays. Ce courage mérite respect, non pas des sanctions et des tentatives de déstabilisation financées par des contribuables européens qui n’ont jamais été consultés sur cette politique.

La question se pose, inévitable : jusqu’où Bruxelles ira-t-elle pour soumettre ceux qui refusent de s’agenouiller ?