Un couac diplomatique de première grandeur a éclaté en pleine visite d’État, révélant au grand jour ce que la langue de bois officielle s’efforçait de dissimuler : le projet de char franco-allemand MGCS, censé succéder au glorieux Leclerc et au Léopard 2, est en péril.
Tout avait pourtant été soigneusement orchestré pour célébrer la vitalité de l’axe Paris-Berlin. La visite en Gironde des sites industriels du Haillan — accueillant The Exploration Company et ArianeGroup, deux fleurons du spatial européen — devait incarner la belle harmonie franco-allemande, au moment même où cette relation stratégique bat dangereusement de l’aile. Il n’en fut rien, car la réalité industrielle et militaire a rattrapé la mise en scène politique avec une brutalité remarquable.
Le général Fabien Mandon, chef d’état-major des armées, avait déclenché l’incendie la veille devant la commission de défense de l’Assemblée nationale, en déclarant sans détour que les Allemands avaient décidé de quitter le projet MGCS — ce programme phare qui devait incarner la coopération militaire européenne. Une annonce qui, après l’enterrement du SCAF, l’avion de combat que devaient concevoir ensemble Paris, Berlin et Madrid avec Dassault et Airbus, sonne comme un nouveau coup porté à l’idéal d’une défense commune.
Boris Pistorius a beau proclamer que le MGCS « constitue un projet d’avenir important pour nos deux nations », la réalité s’impose avec une clarté que la rhétorique européiste ne peut indéfiniment masquer. La France, qui possède avec le Leclerc l’un des chars les plus sophistiqués jamais produits sur son sol, se retrouve à négocier les restes d’un programme dont Berlin a manifestement décidé de redéfinir unilatéralement les contours. Quelle leçon tirer de cette débâcle, sinon que la souveraineté militaire ne se délègue pas, et que la grandeur industrielle française mérite mieux que d’être sacrifiée sur l’autel d’une coopération dont l’autre partie fixe seule les règles du jeu ?

