Un président rejeté par les siens
Le chiffre est sans appel. Emmanuel Macron atteint désormais son niveau de popularité le plus bas depuis son accession à l’Élysée en 2017 : 15 % d’opinions favorables, selon un sondage réalisé en ligne les 7 et 8 septembre — soit un point de moins encore qu’un mois auparavant, lorsqu’il avait déjà touché ce qui semblait être un plancher à 16 %. Il n’y a pas de plancher pour un pouvoir qui s’effondre.
Ce n’est pas simplement un chiffre dans un baromètre. C’est le verdict d’une France qui, confrontée à la hausse des prix des carburants, à l’inquiétude pour son système social et au poids d’un endettement national croissant, cherche en vain dans son président un rempart, une vision, un cap. Elle n’y trouve rien de tel. Le pouvoir d’achat concentre les angoisses de 54 % des Français, l’avenir du système social préoccupe 44 % d’entre eux, et l’endettement du pays hante 33 % des sondés — autant de dossiers sur lesquels le macronisme a brillé, depuis sept ans, par son impuissance rhétorique et sa superbe technocratique.
Ce que ce sondage révèle, au fond, dépasse la personne de Macron. Il expose la faillite d’un projet politique entier : celui d’un « en même temps » qui prétendait réconcilier les contraires et n’a produit que la confusion, l’abstention et la colère. Même le bloc central, censé constituer le socle indéfectible du président, se fissure dangereusement : 53 % seulement de ses propres électeurs lui conservent un avis favorable, contre 47 % qui le jugent négativement. Quand un chef perd presque la moitié de sa propre base, le mot « crise » devient un euphémisme.
Lecornu : un répit fragile dans la tourmente
Le Premier ministre Sébastien Lecornu regagne deux points dans ce même baromètre, pour s’établir à 22 % d’opinions favorables. Après une chute brutale de sept points le mois précédent, ce léger rebond pourrait presque passer pour une bonne nouvelle dans le contexte délétère qui est celui du gouvernement. Il n’en est rien. Vingt-deux pour cent, c’est le niveau de popularité d’un homme politique qui n’a pas encore convaincu, dans un pays qui attend des actes et non des postures.
La question de la succession présidentielle, que nul dans les cercles du pouvoir n’ose poser publiquement mais que tous posent en privé, structure désormais le débat politique français avec une acuité croissante.
Le Pen, Bardella, Philippe : la bataille des successeurs
Le baromètre des successeurs potentiels d’Emmanuel Macron dessine un paysage politique que le pouvoir en place préférerait ne pas regarder en face. Jordan Bardella arrive en tête avec 33 % de taux de satisfaction, talonné de près par Marine Le Pen à 32 % — deux figures du Rassemblement National qui, malgré la publication par Mediapart de messages antisémites attribués à Bardella (que celui-ci conteste formellement), conservent une avance considérable sur leurs concurrents.
Ces deux personnalités perdent certes respectivement 3 et 4 points dans ce sondage, une érosion que leurs adversaires s’empresseront de saluer. Mais l’essentiel demeure : face à un président à 15 %, les deux figures de la droite nationale dominent toujours très largement le paysage des préférences françaises pour l’avenir. Édouard Philippe, lui, gagne un point pour atteindre 20 % de satisfaction, confirmant sa position de recours pour une droite républicaine qui cherche encore sa voie entre ralliement et opposition.
La France attend autre chose
Que dit, en définitive, ce sondage à qui veut bien l’entendre ? Il dit que la France souveraine, la France des familles qui calculent leurs dépenses à la pompe, la France qui voit ses services publics se dégrader et sa dette s’alourdir, ne se reconnaît plus dans l’homme qui la gouverne. Sept ans de macronisme ont produit un président fantôme, adulé dans les chancelleries étrangères et rejeté chez lui. La grandeur d’une nation ne se mesure pas aux applaudissements de Davos. Elle se mesure à la confiance que ses citoyens accordent à ceux qui la dirigent. Cette confiance, Macron l’a perdue. La question n’est plus de savoir si son quinquennat est un échec — elle est de savoir ce que la France construira après lui.

