Une centrale thermique au cœur de Kiev détruite. Six morts au moins, des quartiers entiers plongés dans l’obscurité, et une question qui brûle les lèvres de Volodymyr Zelensky : où étaient les alliés ? Le 14 octobre, des missiles balistiques russes ont frappé plusieurs régions d’Ukraine, ciblant avec une précision redoutable les infrastructures énergétiques de la capitale. La centrale thermique numéro 4 de Kiev a été touchée de plein fouet.
« Attaque russe au missile balistique contre Kiev. Une fois de plus, aucun avertissement préalable de la part de nos partenaires », a déclaré Zelensky sur Facebook. Ces mots sonnent comme un aveu d’une dépendance structurelle, et comme un réquisitoire. L’Ukraine ne dispose pas des moyens autonomes de détection des missiles balistiques russes. Elle compte sur le renseignement américain. Ce soir-là, ce renseignement était absent.
Une dépendance stratégique mise à nu
« Nos systèmes n’ont détecté ces missiles que lorsqu’ils étaient déjà pratiquement à l’approche de Kiev », a poursuivi le président ukrainien. La formule est accablante. Elle révèle l’étendue réelle de la souveraineté militaire ukrainienne : quasi nulle sans le parapluie informationnel occidental. Le porte-parole de l’armée de l’air ukrainienne, Iouri Ignat, a tenté d’expliquer la défaillance par des « problèmes techniques » et par la difficulté à détecter certains types de missiles russes. Explication technique ou aveu d’impuissance politique ?
Ce n’est pas la première fois que l’alerte antiaérienne retentit après les explosions à Kiev. Mais la répétition du phénomène, dans un contexte de tensions croissantes entre Washington et Kiev, prend une tout autre dimension. Donald Trump a reproché à plusieurs reprises à Zelensky de frapper les raffineries russes, accusant l’Ukraine de faire monter les prix du carburant à l’échelle mondiale. La semaine précédant l’attaque, il avait même suggéré qu’« il était temps pour l’Ukraine d’avoir un nouveau président ».
Trois morts à Kiev, deux dans la région de Dnipropetrovsk, un dans la région de Zaporijjia. Un bâtiment résidentiel du district de Desniansky également touché, une vingtaine de blessés recensés par le maire Vitali Klitschko. Des journalistes de l’AFP présents sur place ont entendu les explosions résonner dans la ville avant même le déclenchement des sirènes. L’horreur précède l’alerte. Voilà où en est l’Ukraine en ce mois d’octobre.
L’Occident entre calcul et défaillance
Pendant ce temps, le Premier ministre britannique Andy Burnham recevait Zelensky à Downing Street, affichant un soutien dit « inébranlable ». Les mots sont généreux. Les faits, eux, sont cruels. Qu’importe les déclarations de solidarité si le renseignement ne parvient pas jusqu’à Kiev au moment décisif ? La rhétorique de l’unité occidentale se fracasse contre la réalité des missiles balistiques qui tombent sans prévenir.
Donald Trump avait pourtant annoncé une « trêve énergétique » entre Russie et Ukraine. La centrale thermique numéro 4 de Kiev brûle encore que cette annonce n’est déjà plus qu’un souvenir. La parole américaine, monnaie d’échange diplomatique depuis des décennies, se dévalue à vue d’œil. Et l’Ukraine, nation souveraine réduite à tendre l’oreille vers Washington pour savoir si des missiles approchent de sa capitale, mesure chaque jour le prix de cette dépendance.
La question n’est pas seulement militaire. Elle est civilisationnelle. Quelle souveraineté réelle possède un État qui ne peut défendre ses propres centrales électriques sans l’autorisation implicite — ou la vigilance — d’une puissance étrangère ? Kiev paie aujourd’hui en vies humaines et en obscurité le tribut d’une architecture de sécurité construite sur la vassalité plutôt que sur l’indépendance.

