Après les violences du 17 octobre, Retailleau avertit : l’État défaillant pousse les commerçants vers l’autodéfense

L’État protège-t-il encore ses citoyens ? La question n’est plus rhétorique. Elle est posée, concrètement, par des restaurateurs parisiens qui avouent avoir tenu des couteaux derrière leurs rideaux de fer.

Le 20 octobre, Bruno Retailleau, candidat LR à la présidentielle, s’est rendu dans le VIIIe arrondissement de Paris pour constater de visu les dégâts causés par les violences du 17 octobre. Boutiques vandalisées, vitrines fracassées, commerces pillés dans la capitale et dans toutes les grandes villes de France — le tableau est celui d’un pays que ses dirigeants n’ont pas su défendre. Retailleau n’a pas mâché ses mots. Il a prévenu que si l’État échoue à remplir sa mission première, « certains d’entre eux auront la tentation de se défendre par eux-mêmes ».

Ce n’est pas là une hypothèse abstraite. Un couple de restaurateurs, souhaitant garder l’anonymat, lui a confié s’être préparé samedi à repousser d’éventuels pillards. « Si le rideau de fer est levé, on a des couteaux », a déclaré la restauratrice. Son époux a ajouté, avec une sobriété qui dit tout : « Personne ne détruira ce que nous avons bâti. » Ces mots résonnent comme un aveu d’abandon. Quand l’État recule, le citoyen avance — armé.

Le monopole de la violence légitime en question

Retailleau a aussitôt rappelé que l’État détient « le monopole de la violence légitime » et que ce serait « terrible » de voir les commerçants contraints à l’autodéfense. Il a raison sur la forme. Mais la réalité qu’il décrit lui donne tort sur le fond : ce monopole, l’État ne l’exerce plus. Il le revendique sans l’assumer. Il perçoit des impôts astronomiques, mobilise une dépense publique colossale, et laisse pourtant des commerçants seuls derrière leurs comptoirs, couteau à la main, à veiller sur ce qu’ils ont mis des années à construire.

Édouard Philippe, rival du bloc central, s’était lui aussi rendu auprès des commerçants pillés plus tôt dans la journée. Geste symétrique, diagnostic différent. Car là où le centrisme voit un incident à gérer, une nation souveraine voit une faillite à nommer. La France ne peut pas se permettre d’être un État qui taxe sans protéger, qui légifère sans gouverner, qui parle d’ordre sans l’imposer. Ce que ces restaurateurs parisiens ont vécu le 17 octobre n’est pas un fait divers. C’est le symptôme d’un délitement que les alternances successives ont refusé d’endiguer. Il est temps d’appeler les choses par leur nom.