« Le roi est nu » : Macron face au spectre de l’impuissance politique

Un pouvoir à nu face à la rue et aux urnes

Emmanuel Macron se retrouve pris en étau entre une mobilisation sociale croissante et une paralysie budgétaire sans précédent. Les manifestations de samedi contre « la vie chère », plus massives qu’anticipé, ont dégénéré en violences, dégradations et pillages, révélant au grand jour l’incapacité d’un exécutif minoritaire à répondre politiquement à la colère populaire. Un ancien conseiller résumait mercredi la situation d’une formule cinglante : « Le roi est nu. »

Le gouvernement a privilégié le retour à l’ordre. Couvre-feux localisés, encadrement renforcé des cortèges à venir — voilà tout ce que Paris a trouvé à offrir. Sur le fond politique, rien. Le silence est assourdissant.

Une autorité en lambeaux

Les critiques fusent de toutes parts, et elles ne viennent pas seulement de l’opposition. Marine Le Pen a une nouvelle fois stigmatisé mercredi « un pouvoir finissant qui n’a plus la main ». L’ancien président François Hollande, pourtant peu suspect de sympathie gaulliste, diagnostique une « crise d’autorité » : gouvernement faible, sans majorité, président absent, ministres sans expérience. L’ancien Premier ministre Édouard Philippe, lui, juge sévèrement le maintien d’un déplacement dans le Golfe alors que la France brûlait, estimant que le pays « a besoin d’être commandé ». Macron a répondu, laconique : « Je suis dans mon rôle, je suis à ma tâche. »

Devant le Sénat, Bruno Retailleau, président des Républicains et candidat déclaré, a porté l’estocade en citant le général de Gaulle évoquant la faiblesse d’Albert Lebrun face à la débâcle de 1940 : « Comme chef d’État, au fond, deux choses lui manquaient, qu’il fut un chef et qu’il y ait un État. » La référence historique est implacable. Elle rappelle que la France a déjà connu ce vertige de l’État sans boussole, et que l’histoire ne pardonne pas.

La nuit de dimanche à lundi a offert une « chorégraphie » surréaliste, selon un ancien conseiller ministériel. Après une allocution accueillie par un déluge de critiques, l’Élysée a annoncé, en pleine nuit, que le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez avait présenté sa démission — et que Macron l’avait refusée. Résultat : l’impression que « personne n’est responsable ».

Une ambiance crépusculaire au cœur du bloc central

Au sein même de la majorité, le désarroi est palpable. Un élu Horizons confie être « révulsé par ces incantations qui mettent en scène l’impuissance de l’État », ajoutant que Macron « ne perçoit pas combien sa parole est démonétisée ». L’expression qu’il emploie pour qualifier l’atmosphère est révélatrice : une « ambiance crépusculaire ».

Un responsable du bloc central résume le piège : « Politiquement, il est affaibli par ce qui s’est passé samedi, et économiquement il est étranglé par le budget. » L’agence de notation Moody’s doit abaisser vendredi soir la note de la dette française, reflet de l’état catastrophique des finances publiques. Toute annonce sociale risque d’aggraver un déficit déjà abyssal. L’impuissance n’est donc pas seulement politique — elle est structurelle.

Les syndicats en colère, la rue qui gronde

La réunion de mercredi entre le Premier ministre Sébastien Lecornu et les syndicats s’est soldée par un échec cuisant. Les organisations syndicales en sont ressorties déçues et en colère, leurs revendications ignorées, les lycéens — à l’origine d’une partie de la mobilisation — n’ayant même pas été conviés. La patronne de la CGT, Sophie Binet, a tonné que « le Premier ministre ne fait que renforcer la colère », appelant à amplifier la mobilisation.

Lecornu a tenté de se défendre devant le Sénat : « J’assume ce rythme, qui n’est pas un rythme d’effets d’annonce. » Des premières décisions pour la jeunesse seraient présentées lundi — mais elles devront encore franchir l’obstacle budgétaire. Promesses sous conditions, réponses différées : c’est précisément ce défaut d’écoute, ce mépris chronique pour les corps intermédiaires, que l’on reproche depuis des années à Emmanuel Macron. La France souveraine mérite mieux qu’un pouvoir qui gouverne par le silence et se drape dans l’impuissance.