Clash au sommet de la Communauté politique européenne : Aliyev défie le Parlement européen
Un affrontement diplomatique retentissant a éclaté lundi à Erevan, en Arménie, lors du sommet de la Communauté politique européenne, entre le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev et la présidente du Parlement européen Roberta Metsola. Aliyev a ouvertement accusé le Parlement européen de « répandre des calomnies et des mensonges » sur son pays, avant d’annoncer la suspension de toute coopération parlementaire avec Bruxelles et Strasbourg.
Une attaque frontale contre l’institution européenne
S’exprimant par visioconférence devant les dirigeants de près de 50 nations européennes, Aliyev n’a pas mâché ses mots. Il a dénoncé l’adoption de 14 résolutions critiques à l’encontre de l’Azerbaïdjan par le Parlement européen, qualifiant ce bilan de « véritable obsession » institutionnelle.
Le président azerbaïdjanais est allé plus loin, accusant les eurodéputés d’agir comme s’ils cherchaient à « saboter » le processus de paix avec l’Arménie, pourtant négocié sous l’égide des États-Unis l’année dernière. Cet accord avait mis fin à près de quatre décennies de tensions armées autour du Haut-Karabakh.
Metsola répond : la démocratie ne se négocie pas
Prise de court — ses proches collaborateurs ont confirmé que les remarques d’Aliyev n’étaient pas prévues au programme — Roberta Metsola a immédiatement demandé la parole pour répliquer. « Le Parlement européen est un organe démocratique directement élu, dont les résolutions sont adoptées à la majorité », a-t-elle déclaré à l’assemblée.
« Nous comprenons que les résultats puissent être inconfortables pour certains, mais cela ne changera jamais notre façon de travailler », a-t-elle ajouté, sans céder d’un pouce.
Bakou suspend sa coopération parlementaire avec l’UE
Dans la foulée de ces déclarations, le Parlement azerbaïdjanais a officialisé la rupture en approuvant une résolution issue d’une commission spéciale créée pour contrer ce que Bakou appelle les « activités hostiles » des institutions européennes. La suspension porte sur l’ensemble des domaines de coopération parlementaire.
Hikmet Hajiyev, chef du département des affaires de politique étrangère de la présidence azerbaïdjanaise, a qualifié la dernière résolution du Parlement européen de « honte et d’échec diplomatiques », accusant les eurodéputés de « créer des obstacles au processus de paix ».
La résolution qui a mis le feu aux poudres
La résolution adoptée la semaine dernière à Strasbourg exige le droit au retour des Arméniens ayant fui la région en 2023, qualifie d’« injuste » la détention de prisonniers de guerre arméniens par Bakou et réclame leur « libération immédiate et inconditionnelle ».
Elle demande également que les Arméniens se voient garantir « la protection de leur identité, de leurs biens et de leur patrimoine culturel » — autant de formulations perçues à Bakou comme une ingérence directe dans ses affaires intérieures.
L’UE entre deux chaises : le gaz contre les droits
Fait révélateur, Aliyev a pris soin de distinguer le Parlement européen de la Commission européenne, saluant les efforts de cette dernière pour développer les relations bilatérales. L’Azerbaïdjan, exportateur stratégique de pétrole et de gaz, est devenu un fournisseur énergétique clé pour l’Europe depuis la rupture avec la Russie.
Cette nuance illustre la contradiction fondamentale dans laquelle se débat Bruxelles : d’un côté, la dépendance énergétique impose la ménagement de Bakou ; de l’autre, le Parlement européen multiplie les résolutions moralisatrices qui irritent un partenaire jugé indispensable.
Un sommet aux enjeux géopolitiques majeurs
Le sommet d’Erevan est considéré comme une occasion de faire progresser la normalisation diplomatique entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Aliyev doit rencontrer la Première ministre italienne Giorgia Meloni à Bakou, ainsi que la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas, dès mardi.
Le prochain sommet de la Communauté politique européenne est prévu en Azerbaïdjan en mai 2028 — une perspective désormais incertaine au regard des tensions du jour.
