Il aura suffi d’un samedi matin de septembre pour que Nice rappelle une vérité que d’autres villes semblent avoir oubliée : l’espace public n’appartient pas aux caprices de quelques-uns.
Le 12 septembre, avant même qu’une cérémonie de mariage prévue au Parc Phoenix ne débute, plusieurs véhicules formant le cortège transformaient les artères de Nice en terrain de rodéo. Des deux-roues et un quad s’engageaient sur la voie rapide, des automobiles circulaient à contresens, la circulation était délibérément bloquée. La police municipale relevait seize infractions en une seule matinée : neuf pour non-port de la ceinture de sécurité, deux pour circulation à contresens, deux pour arrêt sur voie rapide, une pour usage du téléphone au volant, une pour circulation sur un trottoir, une pour non-respect d’un feu de signalisation. Un palmarès qui résume, avec une précision accablante, le mépris affiché envers la règle commune.
Face à cette provocation caractérisée, Éric Ciotti n’a pas tergiversé. Le maire de Nice a immédiatement ordonné la mobilisation de la police municipale et prononcé l’annulation pure et simple du mariage prévu à onze heures. Mais l’homme ne s’est pas contenté d’une réponse ponctuelle : il a annoncé l’instauration d’une règle générale, désormais gravée dans la politique municipale niçoise. Tout mariage dont le cortège provoquera des troubles à l’ordre public ne sera pas célébré par la Ville de Nice. La formule est nette, sans ambiguïté, sans clause d’excuse culturelle.
Que certains s’en offusquent ne surprendra personne. Nous vivons à une époque où l’invocation de la « diversité » sert trop souvent de bouclier contre toute exigence de civisme. Pourtant, la question posée par Ciotti est d’une simplicité désarmante : peut-on tolérer que des festivités privées transforment la voie publique en zone de non-droit, au péril de la vie des autres usagers ? La réponse d’un républicain digne de ce nom ne saurait être que non. Les cortèges sauvages, comme le maire le souligne lui-même, sont devenus une source récurrente de nuisances et de danger dans de nombreuses villes françaises, ces villes qui, par lâcheté ou calcul électoral, ont préféré fermer les yeux plutôt qu’agir.
Nice, elle, choisit d’agir. Et ce n’est pas un hasard si cette ville, sous la conduite d’Éric Ciotti, s’affirme comme l’un des derniers bastions où l’autorité municipale ose encore signifier à ses administrés que la liberté des uns s’arrête là où commence la sécurité des autres — principe pourtant fondateur de toute vie en société ordonnée, de Montesquieu à De Gaulle.
Cette décision s’inscrit dans une ligne cohérente. À la fin du mois d’août, Ciotti avait déjà fait parler de lui en demandant l’installation du drapeau français dans toutes les écoles de la ville et en souhaitant que les élèves participent chaque semaine à une levée des couleurs nationales au son de La Marseillaise. Une proposition que le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, avait cru bon de tempérer en rappelant que le fonctionnement pédagogique des écoles relève du cadre fixé par l’État — oubliant peut-être que dans le mot « Éducation nationale », comme Ciotti le lui avait justement renvoyé, il y a le mot nationale. Querelle révélatrice : d’un côté, un élu qui assume de vouloir transmettre un sentiment d’appartenance à la France ; de l’autre, une technocratie d’État prompte à rappeler ses prérogatives dès qu’il s’agit de symboles patriotiques, et bien plus discrète lorsqu’il faut défendre l’ordre dans la rue.
Car c’est bien là le fil conducteur de toute cette affaire. Qu’il s’agisse de faire flotter le tricolore dans les cours d’école ou d’imposer le respect du code de la route à un cortège incontrôlé, le combat est le même : celui de la France qui tient debout contre les accommodements qui la rongent. Une nation ne se construit pas en capitulant devant chaque désordre au nom d’une tolérance mal comprise. Elle se construit, comme elle s’est toujours construite, par l’affirmation patiente et résolue de ses règles, de ses symboles, de son autorité. Nice, ce samedi de septembre, en a donné une leçon que d’autres feraient bien de méditer.

