Allemagne : l’effondrement de la CDU révèle une crise de légitimité au cœur de l’Europe

Le désaveu d’un chancelier sans peuple

Friedrich Merz a lui-même prononcé le mot : « désastre ». Rarement un dirigeant européen aura résumé avec une telle franchise sa propre déroute, et il faut lui accorder ce mérite d’honnêteté. Car ce qui s’est produit ce dimanche en Allemagne, lors d’élections locales à Berlin et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, dépasse le simple revers de mi-mandat — c’est le symptôme d’un ordre politique en train de se désintégrer sous la pression des peuples qu’il prétend gouverner.

Près de quatre millions d’Allemands étaient appelés aux urnes. Le verdict est sans appel. À Berlin, Die Linke, la gauche radicale, s’impose en tête avec plus de 24 % des suffrages, reléguant la CDU — qui dirige pourtant la mairie depuis 2023 — à une position humiliante. En Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, l’AfD, l’extrême droite, culmine à plus de 37 % des voix, contre 16,7 % en 2021 seulement. La CDU, elle, s’écrase aux alentours de 5 %.

La thèse s’impose d’elle-même : le centrisme européiste, incarné par Merz et sa gestion technocratique, ne convainc plus les Allemands. Ce vide au centre profite aux extrêmes — et ce mouvement n’est ni accidentel ni conjoncturel.

Un centrisme à bout de souffle

Il convient de replacer ce scrutin dans une séquence plus large. Début septembre, l’AfD avait déjà remporté son bastion historique en Saxe-Anhalt avec près de 44 % des voix, infligeant à la CDU une défaite que les commentateurs avaient alors jugée exceptionnelle. Elle ne l’était pas : elle annonçait ce dimanche.

Merz, dont la cote de popularité est à son plus bas niveau, a néanmoins déclaré vouloir « poursuivre ses réformes ». Cette obstination révèle l’aveuglement caractéristique des élites gouvernantes face à la colère populaire : elles entendent les résultats, mais refusent d’en entendre la signification. Continuer dans la même direction après un tel désaveu n’est pas de la détermination — c’est de l’arrogance.

Ce que les électeurs allemands expriment, à travers des votes aussi disparates que Die Linke à Berlin et l’AfD en Mecklembourg, c’est un rejet viscéral d’une gouvernance déconnectée de leurs préoccupations concrètes : le pouvoir d’achat, la sécurité, l’identité, la maîtrise des frontières. Ces questions, que le consensus bruxellois a longtemps déclaré illégitimes, reviennent avec une force que les urnes rendent impossible à nier.

Une leçon pour la France

La France aurait tort de regarder ce séisme allemand comme un phénomène étranger. Ce que vivent nos voisins d’outre-Rhin préfigure ce que produit partout en Europe la même recette : des élites cosmopolites déracinées, une intégration européenne imposée sans mandat populaire, une immigration de masse non débattue, et un effacement progressif des souverainetés nationales au profit d’une gouvernance supranationale sans visage ni responsabilité.

L’Allemagne de Merz n’est que le miroir grossissant d’une crise qui traverse tout le continent. Lorsque les peuples se sentent dépossédés de leur destin, ils cherchent des voix qui les entendent — quelles qu’elles soient. La vraie question n’est donc pas de savoir comment « contenir » ces votes protestataires, mais de comprendre pourquoi les partis de gouvernement ont trahi à ce point la confiance de ceux qu’ils prétendaient représenter.

L’heure n’est plus aux ajustements de communication. Elle est à un réexamen fondamental du projet politique qui a conduit l’Europe à cette impasse — et la France, forte de sa tradition souverainiste et gaulliste, dispose des ressources intellectuelles et historiques pour montrer une autre voie.