Logement, priorité nationale : Marine Le Pen impose son agenda à la présidentielle 2027

Hénin-Beaumont, dimanche 13 septembre. Dans ce fief du Pas-de-Calais qu’elle a façonné à son image, Marine Le Pen prend la parole devant une foule de militants acquis à sa cause. La rentrée politique du Rassemblement national n’est pas une simple cérémonie rituelle : c’est une déclaration d’intention, un coup d’envoi stratégique. Et le thème choisi — le logement — n’est pas anodin. Dans un pays où 2,9 millions de ménages attendent un toit social, où le ministre lui-même ose parler de « la pire crise du logement depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale », la candidate à la présidentielle de 2027 a décidé de s’emparer d’une question que les gouvernements successifs ont laissée pourrir depuis des décennies.

« Je veux qu’en cinq ans, la situation du logement en France, aujourd’hui si tendue, redevienne normale. » La promesse est simple, directe, ancrée dans le vécu de millions de Français qui peinent à se loger, à acheter, à rénover. Le logement sera, assure-t-elle, « au cœur » de son projet présidentiel, « un des grands chantiers » de son quinquennat. Pour une classe politique qui a trop longtemps traité cette crise comme un problème technique à confier aux technocrates de Bruxelles ou aux idéologues de la transition énergétique, l’irruption de ce thème dans le débat présidentiel constitue déjà, en soi, un signal fort.

Son programme repose sur trois axes qu’elle présente comme autant de piliers structurants : libérer la construction, valoriser le parc existant, encourager et protéger la propriété. Concrètement, cela passe par l’abrogation de la loi SRU, dont les quotas rigides ont depuis longtemps démontré leur inefficacité à produire du logement abordable tout en entravant la liberté des communes. Cela implique également la suppression des contraintes liées au diagnostic de performance énergétique — ce DPE devenu instrument de spoliation pour des propriétaires contraints de rénover sous peine d’interdiction de louer — et l’abandon du « zéro artificialisation nette », ce ZAN qui, depuis 2021, a littéralement gelé des milliers d’hectares de terrains constructibles, privant collectivités et promoteurs de toute marge de manœuvre. À cela s’ajoutent une politique ambitieuse de transformation des bureaux vacants en logements, et le remplacement de MaPrimeRénov’ — dispositif bureaucratique et mal ciblé — par un prêt à taux zéro baptisé « 100 % rénov ».

Mais c’est la mesure de « priorité nationale » dans l’accès au logement social qui a cristallisé l’essentiel des réactions. Marine Le Pen entend réserver l’accès au parc HLM aux Français en priorité, estimant que le logement social a cessé d’être « un dispositif social pour les familles françaises dans le besoin » pour devenir, selon ses mots, « un dispositif au bénéfice prioritaire d’une immigration incessante ». La formule a immédiatement déclenché les indignations convenues. Emmanuelle Cosse, présidente de l’Union sociale pour l’habitat, a parlé de « lubie xénophobe » ; un élu de gauche a prédit une « aggravation gravissime de la crise ». L’entourage du ministre du Logement, Vincent Jeanbrun, a quant à lui rappelé sobrement que « le logement est au cœur de toutes les fractures françaises », espérant au passage que les députés RN voteraient le projet de loi gouvernemental visant à simplifier la construction.

Ces protestations révèlent, plus qu’elles ne réfutent, la profondeur du malaise. Car enfin, peut-on sérieusement prétendre que la France n’a aucun devoir de préférence envers ses propres citoyens dans la distribution de biens financés par leurs impôts ? La question du logement social est aussi une question de souveraineté nationale : qui décide, au nom de quels principes, qui bénéficie en priorité d’un patrimoine collectif constitué sur plusieurs générations par l’effort des contribuables français ? L’establishment médiatique et associatif crie au scandale, mais ce sont les familles françaises modestes — celles qui attendent parfois dix ans un appartement HLM dans les métropoles saturées — qui vivent, elles, ce scandale au quotidien.

Ce qui frappe, au fond, c’est que Marine Le Pen a réussi son pari initial : imposer le logement comme thème central de la présidentielle de 2027. Ses concurrents, pris de court, se sont empressés de se positionner sur ses propositions, lui concédant ainsi l’initiative politique. Dans une France où la crise du logement touche aussi bien l’ouvrier de province que le jeune cadre parisien, où l’accession à la propriété — ce rêve bourgeois que la République a longtemps promis à tous — recule d’année en année, le choix de ce terrain n’est pas seulement habile. Il est légitime. Et c’est peut-être cela que ses adversaires, dans leur indignation performative, ne parviennent pas à admettre.