Macron au 20 heures : entre menace russe, carburant et aventurisme militaire en Arabie Saoudite, un président sur tous les fronts

Tout avait commencé, quelques jours avant cette soirée du 24 septembre 2026, par une réunion inhabituelle dans les salons de l’Élysée. Emmanuel Macron avait convoqué autour de lui les chefs de partis et les principaux candidats à la présidentielle, invoquant la dégradation de la situation internationale pour justifier ce rassemblement trans-partisan. Le communiqué officiel évoquait les menaces hybrides russes, le soutien à l’Ukraine, et la question brûlante du détroit d’Ormuz, dont le blocage par les Houthis pesait déjà lourdement sur les prix à la pompe. La France, comme souvent dans ses heures de tension, cherchait à parler d’une seule voix. Elle n’y parviendrait pas.

Dans les jours qui suivirent cette réunion, la pression s’accumula. Les prix des carburants continuaient leur ascension, les files d’attente aux stations-service ravivaient dans les mémoires les spectres de crises passées, et les rumeurs enflaient dans la presse européenne : selon le quotidien espagnol El Mundo, la CIA aurait alerté Paris, Madrid et Rome d’un possible projet russe d’attaques de drones lancés depuis des navires en Méditerranée, des appareils de type Gerbera capables de voler à 160 km/h sur une portée maximale de 600 kilomètres. Le contexte, déjà électrique, devenait proprement explosif.

C’est dans ce climat que l’Élysée annonça l’interview présidentielle sur TF1 et France 2, simultanément, à 20 heures le 24 septembre. L’entourage du chef de l’État expliqua sobrement qu’il s’agissait de rendre compte de l’action menée pour protéger les Français, et de faire le lien entre les convulsions géopolitiques au Moyen-Orient et en Ukraine et la flambée des prix à la pompe. Une source proche du président confia que la crise n’était pas une parenthèse, qu’elle était amenée à durer — et que le retour à la normale ne devrait pas intervenir avant l’élection présidentielle.

Édouard Philippe, candidat déclaré à la présidentielle, n’attendit pas le début de l’émission pour placer ses pions. Sur RTL, quelques minutes avant 20 heures, il déclara espérer que Macron expliquerait aux Français ce qu’il avait dit lors de la réunion à l’Élysée, laissant entendre que les mots du président en coulisses valaient peut-être davantage que ceux destinés aux caméras.

Le cadre choisi pour cette prise de parole méritait lui-même d’être noté. Macron s’installa non dans le traditionnel bureau présidentiel, mais dans la toute nouvelle salle Vega, inaugurée à l’automne 2025 dans les sous-sols du Palais, aménagée dans l’ancienne salle de cinéma de l’Élysée. Quatre-vingts mètres carrés, une table ovale pour une vingtaine de personnes, des écrans pour les visioconférences hautement sécurisées : ce nouveau centre de commandement, baptisé du nom de code militaire du chef de l’État depuis 2017, avait déjà accueilli plusieurs Conseils de défense nationale. Un décor qui ne devait rien au hasard.

L’interview commença. Face à Gilles Bouleau et Caroline Roux, Macron démentit d’emblée les informations attribuées à la CIA sur une attaque imminente de drones russes en Europe du Sud : « Cette information, nous pouvons la démentir. La CIA n’a pas informé les services français d’une telle attaque.» Mais il s’empressa d’ajouter que la situation montait en tension, que la Russie multipliait les « actes hostiles et parfois criminels » envers les pays européens, et qu’une nouvelle mobilisation russe de 300 000 hommes constituait un scénario crédible. Il évoqua des attaques susceptibles de « tuer », citant Leipzig comme exemple. La France n’avait pas encore été visée, précisa-t-il — le mot « encore » restant suspendu dans l’air.

Puis vint l’annonce qui allait déchaîner les réactions politiques. Pour sécuriser le site de Yanbu, principal terminal saoudien d’exportation de brut sur la mer Rouge, Emmanuel Macron annonça l’envoi de « moyens militaires » français. Il signa également un accord avec Volodymyr Zelensky pour fournir à l’Ukraine des radars et des missiles supplémentaires, présentant cette aide comme un soutien « concret » à Kiev. Et il proposa un double moratoire : que l’Ukraine cesse de frapper les infrastructures russes, et que la Russie arrête de cibler les infrastructures énergétiques ukrainiennes — sans pour autant appeler à un cessez-le-feu.

Sur le carburant, le président se voulut rassurant sans être précis. La France avait des stocks, elle faisait « tout » pour éviter les pénuries, et l’accord conclu avec TotalEnergies permettait de plafonner les prix dans les réseaux du groupe. « Si l’on n’avait pas Total, on n’aurait pas ce plafonnement », argumenta-t-il, défendant l’entreprise contre les accusations de marges indécentes. Il n’exclut pas une baisse des taxes si les prix s’envolaient davantage, mais formula sa préférence avec une prudence calculée : « Notre intérêt, c’est de baisser les prix avant les taxes.» Il réfléchissait avec le G7 à la libération de stocks stratégiques et à l’amélioration de la fluidité à Ormuz.

Interrogé sur le mouvement des Gilets jaunes, dont certains appelaient à la résurgence face à la hausse des prix, Macron ironisa : « On ne va pas faire un mouvement contre la guerre en Russie ou le détroit d’Ormuz. Auquel cas je pourrais y participer.» Il appela à l’unité nationale, estimant que son rôle était d’être « sur l’Ukraine, sur Ormuz » — la cause première, dit-il, de ce que les Français vivaient.

À sept mois de la présidentielle, la question politique ne pouvait être esquivée. Macron n’exclut pas de prendre position pour un candidat dans la dernière ligne droite, affirmant que son devoir était d’« éclairer les Français » et qu’il agirait « en responsabilité et en fonction de la situation ». Il écarta en revanche toute dissolution de l’Assemblée nationale, la jugeant « mauvaise pour le pays » à ce stade du quinquennat, et défendit sa décision de dissolution de juin 2024 comme une décision prise « en conscience ».

Les réactions ne se firent pas attendre. Jean-Luc Mélenchon, candidat LFI, exigea immédiatement un vote du Parlement sur l’envoi de troupes en Arabie Saoudite, invoquant l’article 35 de la Constitution : « Des troupes en Arabie saoudite, c’est s’installer sur un théâtre de guerre. Si la base est frappée, que ferons-nous ?» Sa députée Clémence Guetté accusa le président de « mentir au 20 heures » en niant les marges de TotalEnergies, rappelant que le groupe avait multiplié ses marges par 7,5 en six mois. Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, estima que les appels à la responsabilité du président se heurtaient au « mur de la colère des Français » et que Macron n’offrait « aucune perspective d’espoir, ni sur la paix, ni sur le pouvoir d’achat ».

Ainsi s’acheva cette soirée du 24 septembre 2026. Un président qui parle de guerre, de missiles, de drones et de stocks pétroliers, pendant que ses compatriotes comptent leurs euros à la pompe. La France, puissance nucléaire et membre permanent du Conseil de sécurité, envoie des soldats protéger un terminal saoudien sur la mer Rouge — sans vote du Parlement, sans débat national, au détour d’une question posée entre deux publicités sur TF1. Qu’aurait dit de Gaulle d’une telle méthode ? La souveraineté nationale ne se délègue pas à une interview télévisée.