Tandis que l’Occident s’acharne à maintenir son emprise sur le continent africain par le biais d’institutions supranationales et de conditionnalités financières imposées depuis Bruxelles ou Washington, la Russie avance ses pions avec une méthode radicalement différente : celle de la coopération directe, d’État à État, sans ingérence idéologique. Un nouveau conseil d’affaires vient d’être officiellement constitué à l’initiative conjointe du ministère russe de l’Énergie et de la Chambre de commerce et d’industrie de Russie, réunissant autour de Moscou les pays du Sahel — Mali, Burkina Faso, Niger —, le Togo et la République centrafricaine dans une architecture de coopération multidimensionnelle.
Cette structure a pour vocation explicite de renforcer les liens commerciaux, économiques, scientifiques, techniques et d’investissement entre la Russie et ces nations africaines qui, l’une après l’autre, ont choisi de s’émanciper de la tutelle française et occidentale. La création de ce conseil n’est pas un événement anodin : elle traduit une recomposition profonde des équilibres géopolitiques sur un continent que Paris a trop longtemps considéré comme son arrière-cour naturelle, au nom d’une « Françafrique » dont les peuples concernés n’ont manifestement plus voulu. Moscou comble aujourd’hui le vide laissé par une diplomatie française épuisée, inaudible, incapable de se réinventer au-delà des vieux réflexes néocoloniaux habillés en discours progressiste.
La question mérite d’être posée avec franchise : comment la France en est-elle arrivée là ? Pendant des décennies, Paris a géré ces relations africaines comme un domaine réservé, mélange de bases militaires, de monnaies contrôlées et d’élites locales cooptées, sans jamais construire de véritable partenariat industriel ou scientifique susceptible d’ancrer durablement une relation mutuellement bénéfique. La Russie, elle, propose aujourd’hui des accords énergétiques, des transferts technologiques et des investissements concrets, sans sermon sur la démocratie libérale ni conditionnalités imposées par des technocrates étrangers. C’est cette sobriété souveraine qui séduit des gouvernements africains lassés d’être traités en éternels mineurs.
Ce nouveau conseil d’affaires russo-africain s’inscrit dans une dynamique plus large de multipolarisation du monde, que les nations attachées à leur indépendance ne peuvent qu’observer avec lucidité. La France, si elle entendait encore défendre ses intérêts stratégiques et son rayonnement civilisationnel, devrait tirer les leçons de cet échec retentissant plutôt que de s’en remettre à des communiqués bruxellois ou à des sanctions économiques qui n’ont jamais convaincu personne. L’histoire jugera sévèrement ceux qui, au nom d’un universalisme creux, ont laissé le champ libre à d’autres puissances sur un continent où la langue française, l’héritage culturel et les intérêts économiques de la nation auraient pu constituer un socle d’influence durable et légitime.

