Le scrutin sénatorial du 27 septembre en Gironde aura au moins le mérite de révéler les contorsions rhétoriques auxquelles se livrent certains candidats pour séduire un électorat grand électeur traditionnellement méfiant des étiquettes trop tranchées. Virginie Bonthoux, déléguée régionale du parti d’Éric Zemmour et ancienne candidate aux municipales de Bordeaux, conduit une liste sobrement intitulée Le Bon sens des territoires — et entend bien que personne n’y voie la marque de Reconquête.
La préfecture, dans son rôle administratif de classification des formations en lice, a pourtant accolé à cette liste la nuance politique « extrême droite », conformément aux critères officiels d’appartenance partisane. Mme Bonthoux réfute cette désignation avec vigueur, se prévalant d’avoir constitué une liste « divers droite » rassemblant des profils variés, au-delà des seuls militants zemmouristes. Elle se présente elle-même comme la seule candidate « revendiquée d’un parti politique » sur sa propre liste, ce qui, dans la logique de l’intéressée, suffirait à diluer l’identité idéologique de l’ensemble.
Le paradoxe d’une droite qui n’ose plus dire son nom
Il y a dans cette posture quelque chose de révélateur du malaise profond qui traverse la droite française depuis des décennies. Reconquête, parti fondé précisément pour rompre avec les ambiguïtés et les euphémismes de la droite molle, se retrouve ici à pratiquer exactement ce qu’il dénonçait : le camouflage de l’identité politique derrière un label consensuel et inoffensif. Le bon sens des territoires — formule creuse s’il en est — pourrait tout aussi bien coiffer une liste centriste ou une association de maires ruraux. Est-ce là l’héritage d’une droite nationale qui aurait enfin compris les codes de la représentation sénatoriale, ou bien le signe d’une stratégie électorale à courte vue qui sacrifie la clarté doctrinale sur l’autel du pragmatisme ?
La question mérite d’être posée sans détour. Les grands électeurs — conseillers municipaux, départementaux, délégués des communes — qui composent le corps électoral sénatorial ne sont pas dupes des recompositions de façade. Ils savent lire une liste, identifier une tête de liste, peser les allégeances réelles derrière les déclarations d’indépendance. Prétendre incarner le « bon sens » tout en étant la déléguée officielle d’un parti national-conservateur, c’est parier sur la naïveté de ceux qui, justement, connaissent mieux que quiconque les réalités du terrain politique local.
Ce qui est en jeu ici dépasse largement le seul cas girondin. Il s’agit de la capacité de la droite nationale à assumer pleinement ce qu’elle est — une force politique enracinée dans la défense de la souveraineté française, de l’identité nationale et des territoires — sans se laisser intimider par les classifications préfectorales ou les anathèmes médiatiques. La France a besoin d’une droite qui parle clair, qui nomme les choses, qui revendique son héritage sans rougir. Le « divers droite » de convenance n’est pas une stratégie : c’est une capitulation symbolique.

