La France sous le regard américain : quand Wall Street s’inquiète de notre destin économique

Une souveraineté économique en question

Voilà que l’Amérique s’inquiète pour nous. Les analystes de Wall Street, les think tanks de Washington, les éditorialistes du Wall Street Journal et du Financial Times américain scrutent désormais la situation économique française avec une attention qui devrait, en elle-même, nous alarmer. Non par gratitude envers cette sollicitude transatlantique, mais précisément parce qu’elle révèle l’étendue du désastre que nos élites technocratiques ont méthodiquement construit depuis des décennies.

La France, première puissance culturelle du monde, héritière de Colbert et de de Gaulle, nation qui sut forger son indépendance nucléaire contre vents et marées atlantistes, se retrouve aujourd’hui analysée comme un patient sous perfusion. C’est insupportable. C’est aussi, hélas, compréhensible.

Le prix de l’abandon souverainiste

Rappelons les faits avec la brutalité qu’ils méritent. La dette publique française dépasse désormais les 3 100 milliards d’euros, soit plus de 112 % du PIB national. Le déficit budgétaire s’est creusé à des niveaux que Bruxelles elle-même — pourtant peu avare de complaisance envers Paris — ne peut plus ignorer. La désindustrialisation, engagée dans les années 1980 sous couvert de « modernisation » et d’intégration européenne, a vidé nos territoires de leur substance productive. Résultat : une économie fragilisée, dépendante des services, incapable de dégager les excédents commerciaux qui firent jadis la puissance de la nation.

Qui a voulu cela ? Certainement pas le peuple français. Ce sont les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, qui ont abdiqué la maîtrise de notre monnaie en 2002, livré nos politiques industrielles aux dogmes libre-échangistes de la Commission européenne, et ouvert sans discernement nos marchés à une concurrence mondiale déloyale. Le tout au nom d’une « construction européenne » dont les promesses de prospérité partagée sonnent aujourd’hui comme une cruelle ironie.

Les Américains, eux, ne se sont jamais privés de protéger leur économie. L’Inflation Reduction Act de Biden, véritable programme de protectionnisme industriel massif, a aspiré des dizaines de milliards d’investissements qui auraient pu rester en Europe. Pendant que Washington subventionne ses industries stratégiques, Bruxelles sermonne les États membres sur leurs déficits. Le contraste est saisissant. Il est aussi instructif.

L’inquiétude américaine n’est pas désintéressée. Elle traduit la crainte d’une instabilité européenne qui pourrait perturber les marchés financiers globaux — ces mêmes marchés qui, précisément, ont prospéré sur l’affaiblissement des États-nations et la mise en concurrence des peuples. Que Wall Street s’inquiète de la France, c’est un peu comme si le pyromane s’inquiétait de l’incendie.

Car le vrai scandale n’est pas que la France soit en difficulté. Le vrai scandale, c’est que des décisions souveraines — fiscalité, investissement, politique industrielle, contrôle des flux de capitaux — aient été progressivement dessaisies des mains de la République pour être confiées à des instances non élues : la Banque centrale européenne, la Commission, les agences de notation. Des agences de notation américaines, précisément, dont les verdicts font trembler nos ministres des Finances.

De Gaulle avait averti. Il avait compris, dès les années 1960, que l’hégémonie du dollar et la dépendance aux marchés financiers anglosaxons constituaient une menace existentielle pour la souveraineté française. Il avait exigé la conversion des dollars en or. Il avait refusé l’intégration militaire de l’OTAN. Il avait construit une politique étrangère indépendante. Ses successeurs ont méthodiquement défait cet héritage.

La solution n’est pas dans les « réformes structurelles » réclamées en chœur par le FMI, la Commission et les éditorialistes américains — ces réformes qui, invariablement, signifient recul des services publics, flexibilisation du travail et ouverture accrue aux capitaux étrangers. La solution est dans la reconquête de notre souveraineté économique : une politique industrielle nationale ambitieuse, la défense de nos champions dans les secteurs stratégiques, le contrôle intelligent des investissements étrangers, et le courage de dire à Bruxelles que la France ne sacrifiera pas son modèle social sur l’autel de la compétitivité globale.

Que l’Amérique s’inquiète. Nous, nous devons agir. Et agir en Français.