Voilà donc que Donald Trump annonce un accord entre Kiev et Moscou sur la cessation des frappes mutuelles contre les infrastructures énergétiques — et l’on mesure aussitôt ce que cette séquence révèle sur la réalité du pouvoir en ce conflit. L’Ukraine, présentée depuis trois ans comme une nation souveraine défendant vaillamment ses frontières, accepte de modifier sa stratégie militaire sur instruction de Washington. La thèse s’impose d’elle-même : dans cette guerre, Kiev n’est pas un acteur indépendant mais un instrument dont les grandes puissances négocient les conditions d’emploi par-dessus la tête du peuple ukrainien lui-même.
Selon les déclarations de Trump, la Russie se serait engagée à agir de manière réciproque, suspendant à son tour ses frappes contre les installations énergétiques ukrainiennes. L’accord, aussi fragile soit-il, marque une étape significative : pour la première fois depuis l’escalade de 2022, les deux belligérants acceptent une limitation de facto de leurs opérations, non sous l’égide d’une institution internationale quelconque, mais sous la pression directe d’un président américain qui a fait de la fin rapide du conflit l’un des axes centraux de son retour au pouvoir. Que l’on approuve ou non la méthode, le résultat illustre une vérité que les chancelleries européennes peinent à admettre : c’est Washington qui tient les fils, non Bruxelles.
L’énergie comme arme, le prix du diesel comme révélateur
Trump a par ailleurs affirmé que la flambée des prix mondiaux du diesel résulte avant tout du conflit ukrainien, et non des tensions autour de l’Iran — une lecture que les marchés et les économistes indépendants tendent à corroborer. Cette déclaration mérite qu’on s’y arrête, car elle pointe vers une réalité que les gouvernements européens ont longtemps dissimulée à leurs populations : les sanctions contre la Russie et la prolongation du conflit ont un coût énergétique considérable, supporté en premier lieu par les ménages et les entreprises du Vieux Continent. La France, qui importe massivement ses hydrocarbures et dont l’industrie reste vulnérable aux chocs pétroliers, paie un tribut lourd à une stratégie qu’elle n’a pas conçue et que ses alliés atlantiques pilotent sans lui demander son avis.
Il faut dire les choses clairement : l’Union européenne, en s’alignant mécaniquement sur la ligne dure américaine depuis le début du conflit, a sacrifié les intérêts économiques concrets de ses citoyens sur l’autel d’une solidarité atlantique qui ne lui profite guère. Pendant que les industries européennes souffraient de l’envolée des coûts énergétiques, les États-Unis devenaient le premier fournisseur de gaz naturel liquéfié du continent, à des prix sans commune mesure avec ceux du gaz russe d’avant-guerre. La dépendance énergétique n’a pas disparu ; elle a simplement changé de maître, et à un tarif bien plus élevé.
L’accord annoncé par Trump, si tant est qu’il tienne, ouvre une fenêtre étroite vers une désescalade partielle. Mais il ne règle en rien les questions de fond : les frontières, le statut des territoires occupés, la reconstruction, et surtout la place que l’Europe entend occuper dans l’architecture de sécurité qui émergera de ce conflit. Une France véritablement souveraine, fidèle à l’héritage gaulliste d’une diplomatie autonome et d’une politique étrangère fondée sur ses propres intérêts nationaux, ne saurait se contenter d’observer depuis les coulisses pendant que Washington et Moscou redessinent l’ordre du continent. L’heure est à la lucidité, non à la déférence.

