Violence au collège Jules-Vallès : des surveillantes rouées de coups près de Toulouse, le personnel en grève crie sa détresse

Près de Toulouse, le collège Jules-Vallès de Portet-sur-Garonne a été le théâtre, jeudi dernier, d’une scène d’une brutalité révélatrice : trois assistantes d’éducation, intervenues pour séparer des élèves en train de se battre, ont été renversées au sol et frappées à coups de pied par plusieurs collégiens. Des plaintes ont été déposées à la gendarmerie de Portet, et quatre conseils de discipline sont d’ores et déjà programmés. Ce mardi 6 octobre, l’ensemble du personnel, soutenu par la FCPE et les élus locaux, s’est rassemblé devant l’établissement pour crier sa détresse face à une situation devenue insupportable.

La pancarte résume tout : « Pas assez payés pour se faire frapper ». Une formule sèche, cinglante, qui dit en six mots ce que des années de désinvestissement public ont produit dans nos collèges. Le lendemain même de l’agression, deux autres membres du personnel étaient menacés par un élève. Les insultes, elles, sont quotidiennes.

Un établissement asphyxié par le manque de moyens

Le collège Jules-Vallès a été conçu pour accueillir 500 élèves. Il en compte aujourd’hui 750. Laurence Mirandon, la principale, le confirme sans détour. Des classes atteignent 33 élèves dans des salles prévues pour bien moins, les tables et les chaises manquent, et les murs s’abîment faute d’entretien suffisant. Une professeure de français résume la situation : « On est au maximum de ce qu’on peut gérer, même dans la cantine et dans la cour. »

Jean-Luc Bris, premier adjoint au maire de Portet et lui-même enseignant, dénonce une occasion historique manquée. La baisse démographique aurait pu permettre de maintenir un encadrement renforcé à moyens constants. C’est l’inverse qui s’est produit : l’État en a profité pour supprimer des postes. La question qu’il pose vaut pour toute la nation — quel modèle éducatif proposons-nous à nos enfants ?

À ce dénuement matériel s’ajoutent des défaillances informatiques de l’académie qui ont privé le personnel d’accès à Pronote et aux messageries professionnelles. Les assistants d’éducation, submergés d’appels de parents affolés, ont absorbé seuls la surcharge. Les élèves, eux, ont perçu ce désordre institutionnel — et en ont tiré leurs propres conclusions.

L’autorité vidée de sa substance

« Les élèves se sentent intouchables. » Ce constat, formulé par un jeune assistant d’éducation, n’est pas une métaphore. Un élève aurait frappé trois camarades avant qu’une décision disciplinaire soit enfin prise. L’une des agresseures de jeudi était encore présente dans l’établissement à la rentrée suivante, semant le désordre pendant une heure et demie. Le message envoyé est limpide : on peut frapper, insulter, menacer — sans conséquence réelle.

La banalisation des insultes atteint, selon les témoignages, un niveau « phénoménal ». Comment exercer une autorité légitime quand les sanctions n’existent plus, ou ne sont plus proportionnées à la gravité des actes ? L’autorité ne se décrète pas ; elle se construit sur la cohérence entre la faute et la réponse institutionnelle. Cette cohérence a disparu.

La principale du collège identifie un besoin précis et non satisfait : un assistant de prévention et de sécurité (APS), personnel spécialisé capable de prendre en charge les élèves en décrochage ou présentant des troubles du comportement. D’année en année, le nombre de ces élèves augmente, et aucun adulte formé n’est disponible pour les accompagner hors de la classe. Jean-Luc Bris va plus loin : c’est tout le continuum du social, du médical et de l’éducatif qui manque de places et de postes, d’un bout à l’autre de la chaîne.

Certains parents, enfin, portent leur part de responsabilité : ceux qui valident les comportements de leurs enfants, ou refusent de voir la réalité. Face à eux, des agents de l’État sous-payés, sous-encadrés, et désormais blessés. La France mérite mieux que cela pour ceux qui, chaque matin, tiennent debout ses écoles de la République.