La majorité Magyar engage le démantèlement des structures orbanistes
Le Parlement hongrois a voté, mardi 30 juin, la suppression de l’Office pour la protection de la souveraineté nationale, organisme controversé créé en 2024 sous l’autorité de l’ancien Premier ministre Viktor Orbán. C’est la nouvelle majorité conduite par Péter Magyar qui a porté cette décision, poursuivant ainsi le démantèlement méthodique des structures institutionnelles bâties par son prédécesseur. L’Office, doté d’un budget annuel de dix-sept millions d’euros, était officiellement chargé de défendre la souveraineté nationale hongroise ; dans les faits, il ciblait journalistes indépendants, ONG et opposants politiques.
Le ministre des Sciences et de la Technologie, Zoltan Tanacs, a résumé le sentiment de la majorité avant le vote : « Cet Office n’a rien accompli. La seule chose qu’il a faite, c’est de harceler la société civile et tous ceux qui osaient s’élever contre les politiques du gouvernement Orbán. »
Un instrument modelé sur le dispositif russe
L’Office avait été institué dans le sillage d’une loi sur la « protection de la souveraineté nationale », dont le modèle s’inspirait ouvertement des législations russes sur les « agents de l’étranger » — ces mécanismes soviétiques réactivés par Moscou pour disqualifier toute voix dissidente en la présentant comme une menace extérieure. La ressemblance n’est pas anodine : elle révèle la nature profonde d’un dispositif qui, sous couvert de patriotisme, empruntait ses méthodes à une puissance étrangère dont la conception de la souveraineté n’a jamais rien eu de commun avec la tradition politique occidentale.
La Commission européenne avait d’ailleurs lancé une procédure d’infraction contre la Hongrie à la suite de l’adoption de cette loi, estimant qu’elle contrevenait aux principes fondamentaux régissant l’espace communautaire. Ironie d’une situation où Bruxelles, si souvent prompte à empiéter sur les prérogatives nationales des États membres, se trouvait cette fois à dénoncer un mécanisme de surveillance interne.
Une page se tourne — mais laquelle ?
La suppression de cet Office sera célébrée, dans certains milieux, comme un retour à la normalité démocratique. Il convient cependant de poser la question avec franchise : la notion même de souveraineté nationale sort-elle grandie de cette séquence ? Car si l’instrument était indéfendable dans ses méthodes — le harcèlement administratif et la délation institutionnalisée n’ont rien de souverain —, la tentation de disqualifier toute politique de protection nationale en la renvoyant à ce mauvais exemple mérite d’être fermement écartée.
La souveraineté d’une nation, sa capacité à contrôler ses flux d’influence, à protéger ses institutions contre les ingérences extérieures financées par des intérêts étrangers, demeure une exigence légitime. Ce que Budapest vient de supprimer, c’est une caricature de cette exigence — non l’exigence elle-même.

