Piratage de la DGFiP : Lecornu mandate l’ANSSI, 350 000 contribuables français alertés

La souveraineté numérique de l’État français est en cause. Sébastien Lecornu a mandaté lundi 17 août l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) pour conduire un audit approfondi sur le vol massif de données ayant frappé la Direction générale des finances publiques (DGFiP). L’administration fiscale a simultanément annoncé avoir commencé à contacter un peu plus de 350 000 particuliers parmi les 678 000 usagers — contribuables et entreprises — touchés par cette attaque revendiquée par le groupe de pirates informatiques ZeroBytes.

L’annonce est tombée à l’issue d’une réunion de la cellule interministérielle de crise, présidée par le Premier ministre depuis la Gironde où il se trouvait en déplacement. Matignon a précisé que Lecornu avait demandé que « chaque Français concerné soit informé individuellement dans les meilleurs délais, avec le détail des données susceptibles d’avoir été exposées et les mesures de vigilance à adopter ». Un courriel a été adressé aux victimes dès lundi soir, répondant aux questions essentielles : nature du risque, précautions à prendre, mesures engagées par Bercy.

Les données fiscales dérobées sont d’une sensibilité redoutable : noms et prénoms, revenu fiscal de référence, quotient familial, taux de prélèvement à la source. La DGFiP a confirmé le 14 août deux intrusions distinctes, survenues fin juin et fin juillet, ayant également compromis quelque 200 000 comptes présents dans ses fichiers cadastraux. Dans un nombre restreint de cas — moins de 250 —, le ou les pirates auraient même eu accès à des échanges de messages entre contribuables et administration fiscale. Bercy tient néanmoins à rassurer : « Il ne peut pas agir sur le compte de la personne. »

Le courriel transmis aux victimes, consulté par l’AFP, insiste sur la menace concrète et immédiate : hameçonnage, appels téléphoniques frauduleux rendus d’autant plus crédibles que leurs auteurs disposent de données réelles sur leurs cibles. « La DGFiP ne vous demandera jamais de lui fournir des informations en dehors de votre espace sécurisé », y est-il rappelé, avec la recommandation de surveiller régulièrement les mouvements de ses comptes bancaires.

Des données déjà revendues sur le dark web

L’ampleur de la compromission prend une tournure plus grave encore : ZeroBytes, contacté par l’AFP via Telegram à partir de coordonnées publiées sur un forum du dark web spécialisé dans la vente de données volées, affirme avoir déjà cédé les informations à des tiers. Ces déclarations demeurent invérifiables, mais le groupe, qui se présente comme composé de deux pirates se disant Français, n’a pas hésité à les formuler publiquement. Que des ressortissants français aient pu s’en prendre aux fichiers fiscaux de leur propre nation illustre, s’il en était besoin, la profondeur de la désorganisation qui affecte la protection des données régaliennes.

Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour extraction frauduleuse de données et association de malfaiteurs. Lecornu a par ailleurs demandé l’accélération du plan de sécurisation des systèmes d’information de l’État, annoncé fin avril mais manifestement insuffisant pour prévenir une attaque d’une telle envergure contre l’un des piliers administratifs de la République.

Avec AFP