La cour d’appel rend ce mardi son arrêt dans l’affaire des assistants parlementaires européens du Rassemblement national — et avec lui, peut-être, le sort de la prochaine élection présidentielle française. Si Marine Le Pen se voit infliger une peine d’inéligibilité supérieure à deux ans, sa quatrième candidature à la magistrature suprême deviendra juridiquement impossible, ouvrant ainsi la voie à Jordan Bardella pour porter les couleurs du mouvement nationaliste en 2027. Une perspective que ses adversaires appellent de leurs vœux depuis des années, et qu’une partie de la classe politique, confortablement installée dans les arcanes bruxelloises ou dans les rédactions parisiennes, accueille avec une satisfaction à peine dissimulée.
Le samedi 4 juillet, à Liévin dans le Pas-de-Calais, le tandem Le Pen-Bardella effectuait sa dernière sortie publique avant cette échéance judiciaire décisive. Devant une vingtaine de cadres du parti réunis pour l’occasion, les deux figures de proue du Rassemblement national ont soigneusement mis en scène leur solidarité, dans une atmosphère de kermesse populaire — baraques à frites, machines à glace, et les tubes de variété française en fond sonore — qui tranchait avec la gravité du moment. Bardella déclarait vouloir voir Marine Le Pen « élue présidente de la République dans quelques mois » ; elle lui promettait en retour son soutien « tous les jours », avec « une grande énergie, une grande conviction et une grande confiance ». Derrière la chaleur des mots, chacun mesure l’enjeu colossal de ce qui se joue.
Une justice instrumentalisée contre le suffrage populaire ?
Il convient de poser la question sans détour : est-il acceptable que des juges non élus puissent priver des millions de Français de leur candidate préférée, celle qui, sondage après sondage, figure parmi les personnalités politiques les plus influentes du pays ? La France a toujours su distinguer la grandeur de ses institutions de la petitesse de certaines de leurs applications. Que l’on approuve ou non les positions de Marine Le Pen, le principe démocratique exige que ce soit le peuple souverain, et non un arrêt de cour d’appel, qui tranche en dernier ressort la question de sa légitimité à gouverner. L’histoire de la République est jalonnée de ces moments où le droit formel s’est retourné contre la volonté nationale — et où la France a su, in fine, retrouver le chemin de sa souveraineté.
Si la condamnation est confirmée et l’inéligibilité prononcée, c’est Jordan Bardella qui hériterait de la responsabilité de conduire la campagne présidentielle du Rassemblement national. Jeune, déterminé, rompu aux joutes médiatiques et à la mécanique électorale moderne, il représente une génération politique nouvelle, forgée dans la conviction que la France ne peut se reconstruire qu’en recouvrant la pleine maîtrise de ses frontières, de son économie et de son identité civilisationnelle. La bande-son choisie ce samedi à Liévin — « Mourir sur scène » de Dalida et « Si j’étais président » — résonne, dans ce contexte, comme un présage lourd de sens. Qu’il s’agisse d’un chant du cygne ou d’un passage de témoin, l’avenir du mouvement patriotique français se joue, en grande partie, dans les heures qui viennent.

