C’est un mardi de juillet, le 21 précisément, et Hélène Laporte rayonne. La députée du Rassemblement National pour le Lot-et-Garonne, vice-présidente de l’Assemblée nationale, ne cache pas sa satisfaction : son parti vient de faire adopter la loi d’urgence agricole, et elle entend bien le faire savoir. Dans les couloirs du Palais-Bourbon, le mot « victoire » circule. Une victoire pour qui, exactement ? Pour les agriculteurs français, répond-elle sans hésiter. Pour la France rurale, trop longtemps sacrifiée sur l’autel d’une écologie déconnectée du réel.
Une loi arrachée de haute lutte
La loi d’urgence agricole n’est pas tombée du ciel. Elle a été votée par les députés le lundi 20 juillet, puis adoptée par le Sénat le lendemain, au terme d’un parcours parlementaire marqué par les tensions. Son point le plus controversé ? Une dérogation exceptionnelle autorisant l’usage de l’acétamipride, un insecticide appartenant à la famille des néonicotinoïdes, ces molécules que les entomologistes désignent depuis des années comme des facteurs majeurs de l’effondrement des populations d’insectes pollinisateurs. La décision a fait l’effet d’une bombe dans les cercles écologistes.
La controverse a même failli coûter un portefeuille ministériel. Monique Barbut, ministre de la transition écologique, avait annoncé sa démission en signe de protestation contre la réintroduction de ce pesticide dans l’arsenal agricole français. Un geste fort, immédiatement récupéré par les opposants à la loi. Mais le coup de théâtre n’a pas duré : à la demande expresse du Président de la République, elle est revenue sur sa décision.
Souveraineté alimentaire contre dogme écologiste
Derrière ce feuilleton politico-médiatique se profile une question de fond que la France ne peut plus esquiver. Qui décide des conditions dans lesquelles nos agriculteurs travaillent leur terre ? Des technocrates bruxellois obsédés par leurs indicateurs de biodiversité ? Des ONG financées par des fondations étrangères ? Ou bien les représentants du peuple français, élus pour défendre les intérêts concrets de la nation ?
Le RN, en portant cette loi, choisit son camp sans ambiguïté. Celui de la France profonde, celle des exploitations familiales du Lot-et-Garonne, de la Beauce ou du Languedoc, étranglées depuis des années par une réglementation européenne qui leur impose des contraintes que leurs concurrents espagnols, polonais ou brésiliens ne connaissent pas. La compétition mondiale est féroce. Elle est aussi déloyale. Et prétendre l’affronter les mains liées dans le dos n’est pas de l’écologie — c’est de l’idéologie.
La terre comme héritage, pas comme variable d’ajustement
Il faut rappeler ce que représente l’agriculture française dans l’histoire de la civilisation. La France a nourri l’Europe pendant des siècles. Ses terroirs, ses savoir-faire, ses paysages façonnés par des générations de paysans constituent un patrimoine irremplaçable — un patrimoine que les injonctions bruxelloises et le libre-échange débridé menacent chaque jour davantage. Laisser mourir nos agriculteurs au nom d’une transition écologique mal calibrée et imposée de l’extérieur, c’est trahir cet héritage.
Hélène Laporte le sait, et c’est précisément ce qu’elle défend. La loi d’urgence agricole n’est qu’un premier pas. Un signal envoyé à une profession à bout de souffle. Dans les fermes du Lot-et-Garonne, on ne parle pas de biodiversité en termes abstraits : on parle de survie, de dettes, de terres que l’on veut transmettre à ses enfants. Ce sont ces voix-là que le vote du 20 juillet a, pour une fois, cherché à entendre.

