Un candidat qui refuse les vacances
Gabriel Attal l’a déclaré sans ambages sur RTL : « quand on sollicite le suffrage des Français, quand on est candidat à l’élection présidentielle, il ne peut pas y avoir de vacances ». Le patron de Renaissance a ainsi choisi de consacrer son été aux déplacements de terrain, multipliant les rencontres, les interviews et les prises de position — une stratégie délibérément contrastée avec celle d’Édouard Philippe, candidat d’Horizons, qui le devance dans les sondages et s’est accordé trois semaines de repos.
Attal déplore que la campagne de 2022 n’ait jamais vraiment eu lieu, absorbée par la guerre en Ukraine et par un Emmanuel Macron sortant entré tardivement en lice. Il entend réparer cet oubli démocratique et réclame, dit-il, « la campagne présidentielle que la France mérite ».
Un programme aux accents réformateurs
C’est dans les colonnes du Journal du Dimanche — propriété du milliardaire conservateur Vincent Bolloré — qu’Attal a dévoilé l’ossature de son projet. Il y promet « la plus grande réforme institutionnelle depuis 1958 », articulée autour de plusieurs axes majeurs.
Ces propositions, qu’on pourra juger hardies ou insuffisantes selon sa sensibilité, ont au moins le mérite de la clarté : elles posent la question de la souveraineté de l’État sur son propre territoire, de ses institutions et de ses frontières — questions que le macronisme sortant avait soigneusement esquivées.
Le feu croisé des adversaires
Les réactions ne se sont pas fait attendre. Dominique de Villepin, en campagne sans déclaration officielle, a dénoncé un « autoritarisme subversif et surexcité », vestige selon lui d’un « sarkozo-macronisme historique », allant jusqu’à comparer Attal à « un étudiant en droit constitutionnel qui se rêve Premier consul ». La formule est piquante, mais elle révèle surtout l’embarras d’un concurrent qui peine à occuper un espace programmatique distinct.
Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, a dit partager un certain « ébahissement » à la lecture des propositions d’Attal, lui reprochant d’avoir choisi le JDD de Bolloré pour « se lancer dans un concours de démagogie ». L’entourage du candidat Renaissance a répondu avec bon sens : « Un candidat à l’Élysée doit parler à tous les Français » — ce qui, en démocratie, suppose précisément de ne pas boycotter certains médias au motif de leur actionnariat.
Les attaques les plus véhémentes sont venues, sans surprise, de Jean-Luc Mélenchon. Le tribun de La France Insoumise a accusé Attal de vouloir « achever » l’État « au profit d’un système de nomination-copinage généralisé ». Rhétorique rodée, effet garanti — mais argument creux face à un programme qui vise précisément à rationaliser et à responsabiliser une administration pléthorique.
La Vendée, les gens du voyage et la souveraineté territoriale
En déplacement en Vendée, Gabriel Attal a abordé la question des installations illégales des gens du voyage, proposant la création d’un « délit de maintien illicite » et le renforcement des pouvoirs des préfets pour accélérer les évacuations. Mélenchon a aussitôt crié au « show » et à la provocation, demandant : « À quoi bon ? »
La question mérite pourtant d’être posée sérieusement. Lorsque des propriétés privées ou des terrains communaux sont occupés illégalement, l’État a le devoir d’agir — vite et fermement. Ce n’est pas de la démagogie que de le dire ; c’est l’exercice élémentaire de la souveraineté sur le territoire national. Que cela dérange les hérauts du cosmopolitisme progressiste ne devrait surprendre personne.
La campagne d’Attal est à peine engagée, et elle suscite déjà des réactions d’une intensité révélatrice. On ne s’agite ainsi que face à celui qu’on redoute.

