Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis : cumul d’emplois publics, plainte au PNF et argent du contribuable en question

Saint-Denis, mars 2026. Bally Bagayoko remporte la mairie dès le premier tour. La victoire est éclatante, la dynamique insoumise triomphante. Quelques semaines suffisent, pourtant, pour que l’édifice commence à fissurer — non sous les coups de l’opposition, mais sous le poids des révélations d’un hebdomadaire à plumes grises et acérées.

Le 4 août 2026, Le Canard enchaîné publie une enquête intitulée « Le ticket gagnant de Bally Bagayoko ». Le journal y décrit avec précision comment l’actuel maire LFI de Saint-Denis aurait, pendant de longues années, cumulé un mandat électif local avec un poste de cadre à la RATP — deux emplois publics à temps plein exercés simultanément, ce que la loi française interdit formellement, sauf autorisation expresse et motivée. Le « ticket » du titre prend alors une résonance grinçante : celui du contribuable qui paie deux fois.

Un cumul que la loi prohibe, des indemnités que le journal chiffre

Les détails livrés par l’hebdomadaire sont accablants dans leur précision. Un recrutement à la RATP en 2000, « sans concours » ni entretien. Des « horaires élastiques ». De « généreuses indemnités ». Et, en parallèle, la fonction d’adjoint au maire, à laquelle s’ajoute un temps celle de vice-président du conseil départemental. Trois casquettes, deux salaires publics, une seule personne.

Plus révélateur encore : lorsque Bagayoko perd en 2015 son mandat au conseil départemental, le conseil municipal de Saint-Denis — alors dirigé par le PCF — lui accorde une hausse de 102 % de ses indemnités d’adjoint. « De quoi compléter un salaire de cadre qui dépassera ensuite les 6 000 euros par mois », note Le Canard. Chiffre que l’Insoumis lui-même a confirmé au journal, « en intégrant le 13e mois et les primes ».

La question posée est simple, brutale, et légitime : ces rémunérations correspondaient-elles à un travail réellement accompli ? Ou s’agissait-il, pour partie au moins, d’un emploi fictif financé par la collectivité ?

L’association AC!! saisit le Parquet national financier

C’est précisément cette question que l’association AC!! Anti-Corruption a portée devant le Parquet national financier (PNF), en déposant une plainte contre X visant notamment Bally Bagayoko. Les chefs retenus sont sérieux : détournement de fonds publics, emploi fictif, prise illégale d’intérêts, favoritisme, manquement à la probité et cumul irrégulier d’activités publiques. L’association demande la vérification de l’autorisation de cumul d’activités délivrée — ou non — par la RATP ou la préfecture, ainsi que la réalité de la présence effective de l’élu dans ses fonctions à la régie de transports pendant ses mandats.

« Une association comme la nôtre doit signaler ce qui lui paraît illégal et attentatoire aux intérêts de nos concitoyens », déclare à l’AFP Éric Halphen, ancien juge et président d’honneur d’AC!!, qui précise aussitôt que cette vigilance s’applique « que les faits soient commis par des gens classés à gauche comme à droite ». L’impartialité revendiquée n’atténue pas la gravité du propos : « À partir du moment où des faits semblent mettre en cause un élu municipal et une institution telle que la RATP, nous nous devions de les dénoncer au Parquet national financier. »

Bagayoko dénonce un complot, Pécresse exige la transparence

Bally Bagayoko, lui, n’a pas souhaité commenter le dépôt de plainte auprès de l’AFP. Mais le soir même, il publie sur le réseau social X une lettre à ses soutiens, dans laquelle il interprète « cette succession de séquences médiatiques » comme participant « d’une volonté de me discréditer politiquement » afin d’« affaiblir une dynamique qui dépasse ma seule personne ». Il met en cause notamment « l’entourage de l’ancien maire socialiste de Saint-Denis », Mathieu Hanotin. Rhétorique de la persécution. Posture du martyr politique.

« Je n’ai pas le souvenir qu’un maire d’une grande ville ait été confronté dans un délai aussi court après son élection à une telle succession d’attaques et de mises en cause », ajoute-t-il, avant de conclure sur un ton guerrier : « Ils cherchent à nous arrêter, nous continuerons à avancer. » Que les faits allégués soient vrais ou faux, cette posture victimaire ne répond à aucune des questions soulevées — ni sur les horaires à la RATP, ni sur les 6 000 euros mensuels, ni sur l’autorisation de cumul.

Sur le front institutionnel, Valérie Pécresse, présidente LR de la région Île-de-France et à ce titre présidente d’Île-de-France Mobilités, a exigé publiquement « que toute la transparence soit faite sur la politique de recrutement de la RATP, passée et présente, afin de dissiper les soupçons d’éventuels emplois fictifs financés par le contribuable ». Elle ajoute, sans ambiguïté : « De telles pratiques seraient totalement illégales et ne sauraient être tolérées dans nos monopoles publics ! » La RATP, pour sa part, affirme se tenir « très sereinement à la disposition de la justice pour lui fournir tous les éléments nécessaires ».

L’argent public, bien commun que l’on ne dilapide pas impunément

Ce qui se joue à Saint-Denis dépasse la seule personne de Bally Bagayoko. C’est une question de principe, ancienne et fondamentale : les deniers publics appartiennent à la nation, non à ses élus. La République française s’est construite sur l’idée que la fonction publique est un service, non une rente. Que le mandat est une responsabilité, non un cumul de privilèges.

Que le Parquet national financier ouvre ou non une enquête, les faits décrits par Le Canard enchaîné méritent une réponse claire, documentée, opposable. Non par acharnement politique — mais parce que l’argent du contribuable français, celui de l’ouvrier de Saint-Denis comme du cadre parisien, mérite mieux que le silence commode d’un élu retranché derrière la rhétorique du complot. La République n’est pas une carte de fidélité. Elle se défend, ou elle se perd.