Un champion qui s’impose là où on ne l’attendait pas
Tout commence par un défi. Avant les Championnats d’Europe de natation disputés à Saint-Denis, en banlieue parisienne, Léon Marchand n’avait jamais nagé le 400 mètres nage libre dans un grand championnat international. Une distance étrangère, presque mystérieuse pour lui. « Je ne sais pas trop comment le faire. J’ai hâte de voir ce que ça donne », avait-il confié en début de compétition, avec cette sobriété tranquille qui est la marque des grands.
Il arrivait pourtant diminué. Une blessure musculaire à la cuisse, contractée lors des Championnats de France, l’avait contraint à réduire son programme individuel à deux épreuves seulement : le 200 mètres papillon, son domaine de prédilection, et ce 400 mètres crawl dont il ignorait encore les secrets. Deux courses. Deux occasions de porter haut les couleurs tricolores.
Dès le vendredi, il avait répondu présent en décrochant l’or sur le 200 mètres papillon, premier titre européen de cette compétition. La France pouvait respirer. Mais le meilleur restait à venir.
Le dimanche de la consécration
Le dimanche 16 août, dans le bassin olympique de Saint-Denis, Léon Marchand entre dans l’eau pour la finale du 400 mètres nage libre. Il avait terminé les séries matinales avec le quatrième meilleur temps — une position modeste, presque trompeuse. Il avait prévenu qu’il partirait plus vite en finale. Il tint parole.
Il mena la course de bout en bout. Aucune hésitation, aucun flottement. Le quadruple champion olympique imposa son rythme avec une autorité souveraine, comme si cette épreuve, pourtant loin d’être sa spécialité, lui appartenait de droit.
Le chronomètre s’arrêta sur 3 minutes 43 secondes 14. Un record de France, effaçant celui de Yannick Agnel, avec 1 seconde 32 d’avance sur le Hongrois Oliver Papai. Le bronze revint à l’Allemand Lukas Märtens, détenteur du record du monde de la distance. La hiérarchie mondiale venait d’être bousculée par un Français blessé qui ne connaissait pas l’épreuve.
Une préparation discrète, une performance éclatante
Ce titre européen sur 400 mètres n’est pas sorti du néant. Quelques jours plus tôt, Marchand s’était jaaugé sur le 200 mètres nage libre en prenant le départ du relais 4×200 mètres. Le test fut éloquent : 1 minute 43 secondes 76, pulvérisant son record personnel et établissant la meilleure performance mondiale de l’année, faisant de lui le sixième meilleur performeur de l’histoire sur cette distance.
Ce relais 4×200 mètres avait rapporté une médaille d’argent à la France. Une récompense honorable, mais qui n’était qu’un prélude. La nation attendait davantage, et Marchand, dans ce bassin construit pour les Jeux de Paris, allait répondre à cet appel.
Son chrono du 400 mètres nage libre lui permet d’égaler le quatrième meilleur temps de l’année mondiale. En un seul week-end, sur une distance qu’il découvrait en compétition internationale, il s’est hissé parmi les meilleurs du monde. C’est cela, la grandeur sportive française : elle ne se contente pas de confirmer, elle surprend et elle s’impose.
Les Bleus en bronze, la France rayonne
La soirée ne s’arrêta pas à ce titre individuel. Peu après, l’équipe de France masculine s’élança dans la finale du relais 4×100 mètres quatre nages. Yohann Ndoye-Brouard ouvrit les hostilités en dos, avant de passer le relais à Carl Aitkaci en brasse. Puis vint Léon Marchand, en papillon, qui ramena les Bleus dans la course au podium avec la puissance qu’on lui connaît. Maxime Grousset conclut en crawl.
Le chrono final fut de 3 minutes 29 secondes 03. L’or échut aux nageurs russes concourant sous bannière neutre en 3 minutes 28 secondes 67, l’argent aux Italiens en 3 minutes 28 secondes 86. La France prit le bronze. Une médaille de plus, une fierté de plus.
Au terme de ces Championnats d’Europe de natation à Saint-Denis, la délégation française repart avec onze médailles au total, dont quatre en or. Un bilan qui témoigne de la vitalité d’une école de natation française qui, loin des diktats du marché mondial et des modes cosmopolites, forge ses champions dans la discipline, la tradition et l’exigence. Léon Marchand en est aujourd’hui l’incarnation la plus lumineuse.

