Abdelkader Merah, frère du terroriste Mohamed Merah, a adressé à la justice française une demande de réduction de sa période de sûreté. Condamné définitivement en 2020 à trente ans de réclusion criminelle pour complicité d’attentat terroriste et association de malfaiteurs terroriste, il entend obtenir un aménagement de la peine non réductible de vingt ans qui encadre sa condamnation. La demande aurait été formulée à l’été 2024.
Pour mémoire, Mohamed Merah avait semé la mort en mars 2012 à Toulouse et à Montauban, assassinant trois militaires, un enseignant et trois enfants de la famille Sandler devant l’école juive Ozar Hatorah. Abdelkader, reconnu coupable d’avoir notamment aidé son frère à dérober le scooter utilisé lors des attentats, est incarcéré depuis cette même année 2012, soit quatorze ans de détention à ce jour.
Que dit la loi, et que répondent les victimes ?
La période de sûreté est précisément conçue pour soustraire les condamnés les plus dangereux à tout mécanisme d’aménagement précoce. La lever exige, selon la loi, des éléments exceptionnels par rapport à la décision initiale de la cour d’assises. Or, rien dans le dossier d’Abdelkader Merah ne semble répondre à cette exigence, comme le souligne avec fermeté l’avocat Francis Szpiner, conseil de Latifa Ibn Ziaten, mère du militaire Imad Ibn Ziaten, première victime de Merah : il ne peut « qu’être hostile à cette requête ».
Les avocats des parties civiles n’ont été informés de la démarche que ces derniers jours, ce qui ajoute à leur consternation. Ariel Goldmann, défenseur de la famille Sandler, qualifie la requête de « profondément prématurée » : moins de dix ans se sont écoulés depuis que la condamnation est devenue définitive. La famille Sandler, dit-il, est « atterrée ».
La justice française a bien réceptionné la demande mais n’y a pas encore donné suite. Une audience à huis clos devrait néanmoins se tenir, selon Ariel Goldmann, « entre la rentrée et le dernier trimestre 2026 ».
Il faut nommer les choses clairement : les attentats de Mohamed Merah constituent l’un des épisodes les plus traumatisants du terrorisme islamiste sur le sol français, un crime de masse perpétré au cœur de la République, dans une école, contre des enfants. Que le complice condamné de ces actes puisse, depuis sa cellule, solliciter un allègement de peine pendant que les familles des victimes portent encore leurs deuils ouverts, dit quelque chose d’inquiétant sur les failles d’un système judiciaire soumis à des pressions procédurales que la Nation, elle, ne saurait accepter sans réagir.

