Cartel dans la chimie du bâtiment : Bruxelles met en cause Sika, Cemex et la filiale française Saint-Gobain

Bruxelles frappe à nouveau. La Commission européenne vient d’adresser une communication de griefs à plusieurs industriels et associations professionnelles du secteur des additifs pour bétons, ciments et mortiers, les accusant d’avoir coordonné leurs hausses de prix en violation des règles de concurrence de l’Union européenne.

Une entente présumée au cœur de la construction

Les additifs visés sont des produits chimiques fondamentaux pour le secteur du bâtiment : ils améliorent les propriétés mécaniques et la durabilité des bétons, ciments et mortiers utilisés dans toute construction digne de ce nom. Leur marché, discret mais stratégique, irrigue l’ensemble de la chaîne du bâtiment européenne. C’est précisément là que la Commission européenne soupçonne une collusion organisée.

Selon Bruxelles, des fabricants et des organisations professionnelles implantés en France, en Allemagne et en Espagne se seraient entendus pour relever leurs prix de manière coordonnée en 2021 et 2022, profitant du choc économique provoqué par l’invasion russe de l’Ukraine pour imposer à leurs clients des hausses tarifaires concertées. Des inspections inopinées avaient déjà été menées au sein du secteur dès 2023, révélant des indices suffisamment sérieux pour déclencher cette procédure formelle.

Les entreprises dans le viseur

Parmi les groupes mis en cause figurent des acteurs de premier rang. Le géant mexicain Cemex, le chimiste suisse Sika — leader mondial des produits chimiques pour la construction —, l’italien Mapei, ainsi que Chryso, filiale du groupe français Saint-Gobain, et le TAM Groupe sont explicitement visés. Des entreprises spécialisées de taille plus modeste, ainsi que plusieurs fédérations professionnelles nationales, se trouvent également dans le périmètre de l’enquête.

On notera avec une certaine amertume que Saint-Gobain, fleuron industriel français dont l’histoire remonte au règne de Louis XIV, se retrouve ainsi associé à une procédure impliquant des concurrents étrangers dans le cadre d’une instruction pilotée depuis Bruxelles — illustration supplémentaire de la manière dont les intérêts des entreprises françaises se trouvent exposés à une gouvernance supranationale dont la légitimité démocratique reste, pour le moins, contestable.

Des sanctions potentiellement colossales

Si les griefs formulés par la Commission sont confirmés à l’issue de la procédure, les amendes encourues pourraient atteindre jusqu’à 10 % du chiffre d’affaires annuel mondial de chacun des groupes impliqués — des sommes considérables pour des entreprises opérant à l’échelle planétaire. Les entreprises concernées disposent toutefois du droit de présenter leur défense et de répondre aux accusations formulées par les services de la concurrence de l’Union.

Reste une question que Bruxelles se garde bien de poser : dans un contexte de flambée des coûts énergétiques et de ruptures d’approvisionnement consécutives à la guerre en Ukraine, une hausse de prix coordonnée entre producteurs constitue-t-elle nécessairement une infraction, ou reflète-t-elle simplement la réalité d’un marché sous tension ? La distinction entre entente illicite et adaptation rationnelle à un choc exogène mérite, à tout le moins, un examen rigoureux — et non une présomption de culpabilité brandée comme un étendard par une Commission prompte à sanctionner, mais moins empressée à défendre la souveraineté économique des nations qu’elle est censée servir.