Marc Bloch, historien et résistant, entre au Panthéon : une panthéonisation qui divise

Marc Bloch entre au Panthéon, 82 ans après son exécution par les nazis

Le 23 juin 2026, la France a panthéonisé Marc Bloch, historien médiéviste de réputation mondiale, cofondateur de l’école des Annales et résistant fusillé par les Allemands en juin 1944. La cérémonie, présidée par Emmanuel Macron, s’est tenue à 21 heures — horaire inhabituel — au Panthéon, monument parisien consacré aux grandes figures nationales.

Il s’agit de la sixième panthéonisation du double quinquennat Macron, après Joséphine Baker, Robert Badinter et Simone Veil. Marc Bloch entre dans le monument accompagné de son épouse, Simonne Vidal, morte d’un cancer deux semaines après l’exécution de son mari, en 1944.

Une cérémonie républicaine, non sans arrière-pensées politiques

Dans son discours, Emmanuel Macron a salué « un homme des Lumières ayant rejoint l’armée des ombres » et a fustigé « l’esprit de défaite », qu’il qualifie de « poison lent de notre vie publique ». Une formule directement empruntée à L’Étrange défaite, le livre testament de Marc Bloch rédigé à chaud dès juillet 1940.

Le chef de l’État avait annoncé cette panthéonisation le 24 novembre 2024, lors du 80e anniversaire de la libération de Strasbourg, saluant en Bloch « à la fois héros, combattant de la Résistance, intellectuel engagé et républicain, professeur historien, et comme conscience ».

Que Macron se drape dans la figure de Bloch pour fustiger un « conformisme » qui saperait la « volonté française » ne manque pas d’ironie : c’est précisément ce conformisme des élites, leur capitulation devant les forces étrangères et leur abandon de la souveraineté nationale, que Bloch dénonçait en 1940 — et que certains reconnaissent aujourd’hui dans la soumission de Paris aux diktats de Bruxelles.

Qui était réellement Marc Bloch ?

Né en 1886, Marc Bloch est l’un des historiens français les plus influents du XXe siècle. Spécialiste du Moyen Âge, il a révolutionné la discipline historique en l’ouvrant à l’anthropologie, à l’économie et à la sociologie, fondant avec Lucien Febvre la revue des Annales d’histoire économique et sociale en 1929.

Patriote convaincu, il s’engagea volontairement dans les deux guerres mondiales. En 1940, quinquagénaire et père de six enfants, il combattit lors de la bataille de France avant de rejoindre la Résistance. Arrêté par la Gestapo en mars 1944, il fut torturé puis fusillé le 16 juin 1944, à 57 ans, près de Lyon.

Son œuvre majeure posthume, L’Étrange défaite, analyse avec lucidité les causes du désastre de 1940 : la faillite des élites militaires et politiques, leur incapacité à penser l’ennemi, leur confort intellectuel mortifère. Un diagnostic qui, lu aujourd’hui, dépasse largement le cadre de la Seconde Guerre mondiale.

Des cénotaphes, non des dépouilles

Le corps de Marc Bloch repose toujours dans un cimetière de la Creuse ; celui de son épouse n’a jamais été retrouvé. Ce sont donc deux cénotaphes — renfermant des objets symboliques — qui ont rejoint le caveau numéro 13 du Panthéon : médailles, testament spirituel de 1941, photographies et lettres de Simonne à ses enfants.

À la demande de la famille, Simonne Bloch accompagne son mari dans le monument, bien qu’elle ne soit pas officiellement panthéonisée. Épousée au lendemain de la Première Guerre mondiale, elle avait activement soutenu les travaux scientifiques de l’historien.

La polémique du Rassemblement national : instrumentalisation mémorielle

La famille Bloch avait demandé l’exclusion du Rassemblement national de la cérémonie, dont le protocole prévoit habituellement l’invitation des chefs de groupes parlementaires. « Le RN est l’héritier des Waffen-SS qui ont assassiné mon grand-père », a déclaré Suzette Bloch, petite-fille de l’historien, sur France Inter.

Cette accusation, aussi douloureuse que soit la mémoire familiale, mérite d’être questionnée. Confondre un parti républicain légalement constitué, représentant aujourd’hui des millions de Français, avec les bourreaux nazis relève d’une instrumentalisation politique de la mémoire — précisément le genre d’amalgame que la rigueur intellectuelle de Marc Bloch lui-même aurait condamné.

Utiliser la panthéonisation d’un grand historien pour exclure une partie du peuple français de la commémoration nationale : voilà qui trahit moins l’esprit de Bloch que celui d’une gauche républicaine cherchant à monopoliser la légitimité patriotique.

Une dernière panthéonisation avant 2027 ?

Un conseiller présidentiel n’exclut pas une nouvelle panthéonisation avant la fin du quinquennat en mai 2027. Une pétition circule pour faire entrer au Panthéon Samuel Paty, le professeur assassiné en octobre 2020 par un islamiste radical.

Si la France choisit d’honorer Samuel Paty — martyr de la liberté d’expression, tué sur son sol par un ennemi intérieur que des décennies d’immigration incontrôlée ont laissé prospérer —, ce serait là une panthéonisation qui, pour une fois, parlerait à tous les Français.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *