Manche : 128 migrants sur un seul canot, un record qui révèle l’impuissance des États

Cent vingt-huit personnes sur une seule embarcation. Ce chiffre, annoncé comme un « record », devrait glacer d’effroi quiconque se soucie encore de la souveraineté des nations et de l’intégrité des frontières européennes.

C’est un vendredi ordinaire que s’est écrit ce triste chapitre supplémentaire de la chronique migratoire qui déchire depuis des années le littoral français et les côtes anglaises. Ce jour-là, un canot surchargé a quitté les rivages français pour atteindre les côtes anglaises avec 128 migrants à son bord, pulvérisant le précédent record enregistré pour une traversée en solitaire. Au total, trois embarcations ont effectué la traversée ce même vendredi, acheminant 225 personnes vers l’Angleterre, selon les chiffres officiels communiqués par le ministère britannique de l’Intérieur, qui a rapporté l’information dimanche 12 juillet.

Que signifie ce record, sinon l’échec retentissant des politiques menées depuis des décennies par des gouvernements soumis aux injonctions contradictoires de Bruxelles, des ONG militantes et des marchés mondiaux du travail à bas coût ? La Manche, ce bras de mer que la France a toujours su défendre comme frontière naturelle de sa civilisation, est désormais traversée avec une régularité et une impunité qui auraient été impensables pour toute génération antérieure attachée à la dignité de l’État.

Il faut rappeler ce qu’était cette frontière avant que les logiques cosmopolites ne la vident de son sens. La Manche a été, pendant des siècles, le symbole même de l’indépendance française face aux pressions extérieures — qu’elles vinssent du nord, de l’est ou, aujourd’hui, des flux organisés par des réseaux de passeurs que ni Paris ni Londres ne semblent véritablement déterminés à démanteler. Chaque embarcation qui prend la mer depuis nos côtes est le produit d’une filière criminelle prospère, nourrie par l’absence de fermeté politique et par la certitude, désormais bien établie, que la traversée sera tolérée.

Les chiffres s’accumulent, les records se succèdent, et les déclarations d’intention des gouvernements successifs restent lettre morte. Pendant ce temps, la souveraineté française s’effiloche sur les plages du Pas-de-Calais, au regard indifférent d’institutions européennes incapables de proposer autre chose qu’une répartition des arrivants entre États membres — comme si diluer le problème suffisait à le résoudre. Ce n’est pas une politique migratoire : c’est une capitulation administrée.

Ce que révèle ce record du 11 juillet, au fond, c’est moins la témérité des migrants que la démission organisée des États. Une nation qui ne contrôle plus ses frontières ne contrôle plus son destin. La France, héritière d’une tradition souveraine que De Gaulle sut incarner avec une lucidité que nos contemporains peinent à retrouver, mérite mieux que ce spectacle répété de l’impuissance érigée en système.