Renaissance de l’occitan à Langon : quand une langue millénaire reprend vie dans les salles de classe
À Langon, sous-préfecture du Sud-Gironde, près de 200 élèves apprennent l’occitan à l’école, de la maternelle au lycée. Une vitalité remarquable qui coïncide avec le passage historique de la Passem, course de relais célébrant les langues régionales, en Gironde les 6 et 7 mai — une première dans le département.
Langon, capitale girondine de l’enseignement bilingue
Langon est aujourd’hui la seule commune de Gironde où il est possible de suivre l’intégralité de sa scolarité dans le public — de la maternelle à la terminale — en filière bilingue français-occitan. Un exploit qui tient à la volonté tenace d’un couple d’enseignants ayant lancé le mouvement au tournant des années 2010.
La commune recense 154 élèves en filière bilingue auxquels s’ajoutent 22 lycéens ayant choisi l’option occitan. La première cohorte d’élèves bilingues est désormais en classe de seconde au lycée Jean-Moulin.
Une langue enracinée dans le territoire
« On a envie de la faire vivre, cette langue. Elle est partout dans le territoire, dans la toponymie, les élèves sont imprégnés de ça », affirme Laure Abadie, enseignante en maternelle à l’école Anne-Frank, où les enfants suivent un cursus à parité horaire entre français et occitan.
Alban Garros, professeur d’histoire-géographie en occitan au collège, va plus loin : « La langue est porteuse d’histoire, c’est un moyen de sortir du roman national et de complexifier l’histoire. Ça explique beaucoup de choses sur notre pays. »
Loin d’être un simple exercice académique, l’enseignement bilingue forge des individus capables de naviguer entre deux univers linguistiques. « Ça apprend aussi à mieux connaître le français, ils font un tressage des langues », analyse Laure Abadie.
Un pont entre les générations
L’occitan réveille aussi des mémoires familiales que l’école républicaine avait méthodiquement étouffées depuis près d’un siècle. Constance Favaro, présidente de l’association Leng’oc-bi et mère d’un élève bilingue, le confie sans détour : « J’ai entendu mes grands-parents parler occitan, ça renvoie à un souvenir d’enfance. Mon fils le parle beaucoup mieux que moi. Il a une sorte de fierté de savoir quelque chose que l’on ne sait pas. »
Cette transmission intergénérationnelle est au cœur du projet porté par Leng’oc-bi, association créée par des parents et enseignants pour promouvoir la filière bilingue à Langon — preuve que la société civile peut, là où l’État a failli, renouer les fils d’un héritage civilisationnel.
La culture comme vecteur d’identité
« La transmission de la culture et de la langue se fait beaucoup par le chant et la danse », souligne Élodie Pondé, enseignante de CM1-CM2 à l’école Saint-Exupéry. Une culture qui « fédère le groupe » et qui s’impose progressivement dans les cours de récréation, où les échanges en occitan entre élèves résonnent de nouveau.
Élodie Pondé encourage ses élèves avec une formule qui résume tout un programme identitaire : « Tira ta lenga e parla occita » — sors ta langue et parle occitan.
