Champagne : la Maison Pommery sur le point de passer sous pavillon allemand
La Maison Pommery, fleuron du champagne français installé à Reims, a annoncé mardi l’ouverture de négociations exclusives avec l’allemand Henkell International en vue d’une « fusion stratégique ». Si l’opération aboutit, ce géant germanique du vin pétillant deviendrait actionnaire majoritaire de l’une des maisons de champagne les plus emblématiques de France.
Une dette abyssale à l’origine de la capitulation
Le groupe, rebaptisé Maison Pommery & Associés depuis janvier — anciennement Vranken Pommery Monopole —, croule sous un endettement financier net de 754,4 millions d’euros à fin 2025, à peine réduit par rapport aux 758,3 millions enregistrés un an plus tôt. C’est cette dette colossale, combinée à des difficultés de refinancement bancaire, qui a contraint la direction à se tourner vers un repreneur étranger.
La vente de la marque Heidsieck & Co Monopole au groupe Lanson-BCC pour 50 millions d’euros en début d’année n’aura pas suffi à redresser la barre. En avril dernier, le groupe avait déjà sollicité un report d’une échéance de remboursement de 50 millions d’euros, initialement fixée au 29 avril 2026.
Un groupe allemand déjà implanté en Champagne
Henkell Freixenet, maison mère d’Henkell International, est déjà présente dans l’appellation via la maison Alfred Gratien à Épernay. Leader mondial autoproclamé des vins effervescents — cavas espagnols, proseccos italiens, sekts germaniques —, le groupe renforcerait considérablement son emprise sur le champagne français en cas de succès des négociations.
La période de négociations exclusives est fixée à deux mois. Elle reste soumise à des audits de due diligence, à la finalisation des termes contractuels et aux autorisations réglementaires. Le groupe précise qu’« aucune garantie n’existe à ce stade que les négociations en cours aboutiront à une transaction ».
Des comptes 2025 en trompe-l’œil
Les comptes préliminaires publiés le 30 mars affichent un redressement spectaculaire du résultat net, à 32 millions d’euros en 2025 contre seulement 900 000 euros en 2024. Pourtant, le chiffre d’affaires a reculé de 3,6 % à 293,2 millions d’euros, avec un EBITDA de 43,3 millions d’euros.
Le groupe impute ce recul à la hausse des coûts de production liée à l’inflation post-COVID sur le prix des raisins, ainsi qu’à une baisse du prix de vente moyen sur certains segments. La publication des comptes définitifs, déjà reportée une première fois au 4 juin, est désormais prévue pour le 30 juin lors de l’assemblée générale annuelle.
Un patrimoine viticole français en jeu
Maison Pommery & Associés détient un portefeuille de marques prestigieuses : Pommery, Vranken, Pompadour et Charles Lafitte, ainsi que des vins issus du Château La Gordonne, du domaine Royal de Jarras, de Rozès Porto et de Terras do Griffo. Le groupe gère 2 600 hectares de vignes en propriété ou en fermage, répartis entre la Champagne, la Provence, la Camargue et la vallée du Douro au Portugal.
Faut-il s’étonner qu’un tel patrimoine, incarnation de l’excellence française et de son rayonnement civilisationnel, se retrouve aujourd’hui à la merci d’intérêts étrangers ? La réponse tient en un mot : dette. Et derrière la dette, l’absence criante d’une politique industrielle nationale capable de protéger les joyaux de notre identité économique et culturelle contre les appétits du marché global.
Dans l’attente de l’issue des négociations, Maison Pommery & Associés « poursuivra ses activités dans le cours normal des affaires ».
