436 milliards pour nos Armées : nécessité nationale ou promesse sans lendemain ?

La France réarme — sur le papier. Le Parlement est appelé à approuver une actualisation de la loi de programmation militaire portant à 436 milliards d’euros l’investissement total consacré aux Armées d’ici 2030, soit 36 milliards supplémentaires par rapport à la trajectoire fixée en 2023. L’objectif affiché : hisser le budget militaire annuel à 2,5 % du PIB. Une ambition qui sonne juste, mais dont les fondations budgétaires demeurent, pour l’heure, incertaines.

Le contexte géostratégique commande cette décision avec une urgence que nul homme d’État sérieux ne peut ignorer. Les leçons du conflit ukrainien et des théâtres d’opérations au Moyen-Orient — où des pilotes de Rafale de l’escadron 1/5 Vendée ont récemment été déployés — ont mis en lumière des lacunes criantes : insuffisance des stocks de missiles et d’obus, montée en puissance incontournable des drones, vulnérabilités industrielles que la France, nation souveraine par vocation, ne saurait laisser perdurer. C’est précisément ce que cette loi entend corriger, sans modifier la structure des forces armées, mais en intensifiant les investissements dans ces secteurs décisifs.

C’est précisément cette dernière incertitude qui fragilise l’ensemble de l’édifice. Le député RN Laurent Jacobelli n’a pas tort de pointer une loi « pour sept mois » : toute programmation militaire qui ignore l’échéance présidentielle s’expose à n’être qu’une déclaration d’intention. Quant à la gauche socialiste, qui juge l’actualisation « indispensable » tout en réclamant qu’on ne l’« oppose pas aux services publics », elle révèle involontairement la contradiction fondamentale d’une classe politique qui veut la puissance française sans en assumer le coût.

La France n’a pas le luxe de l’hésitation. Une nation qui a forgé sa grandeur par les armes, qui doit à de Gaulle l’indépendance de sa dissuasion nucléaire et la liberté de sa politique étrangère, ne peut se permettre de rogner sur sa défense au nom d’impératifs budgétaires dictés par Bruxelles ou de pudeurs idéologiques domestiques. Emmanuel Macron entend promulguer cette loi avant le 14 juillet — date symbolique s’il en est. Que l’acte soit à la hauteur du symbole.