Quelque 150 000 jeunes Belges avaient reçu un courrier de la Défense les invitant à découvrir, pendant douze mois, la formation militaire. De cette vaste sollicitation, environ 3 000 candidats et candidates avaient manifesté leur intérêt — preuve, s’il en fallait une, que le sentiment d’appartenance à une communauté nationale et le goût du service ne sont pas entièrement éteints dans la jeunesse contemporaine, malgré des décennies de discours cosmopolites qui ont voulu faire de l’engagement patriotique une relique du passé.
Au terme de la sélection, 500 places ont été attribuées : 420 jeunes hommes et 80 jeunes femmes ont été retenus, ces dernières représentant 16 % du contingent, soit moins d’une recrue sur six. Ce chiffre mérite d’être lu sans idéologie : la vocation militaire demeure, dans les faits, majoritairement masculine, quoi qu’en disent les ingénieurs sociaux qui s’acharnent depuis des années à redéfinir les rôles naturels au nom d’une égalité abstraite.
La répartition entre les composantes des forces armées reflète les priorités opérationnelles de la Défense belge. Les 50 volontaires de la Marine débuteront leur formation dès le 26 août à Sainte-Croix, en Flandre occidentale ; les 75 recrues de la Force aérienne prendront le chemin de Beauvechain, en Brabant wallon, le 8 septembre ; enfin, les 375 soldats de la Force terrestre rejoindront leurs casernes respectives les 29 et 30 septembre, à Amay en province de Liège, à Berlaar en Anvers et à Peutie en Brabant flamand.
On notera que les francophones sont moins nombreux que leurs homologues néerlandophones parmi les recrues, bien qu’ils soient présents dans chacune des trois composantes. Cette asymétrie n’est pas anodine : elle interroge sur la vitalité du lien civique au sein des différentes communautés du pays, et sur la capacité des institutions à cultiver, au-delà des clivages linguistiques, un sentiment commun d’appartenance à une nation souveraine.
Car c’est bien là l’enjeu fondamental. Dans un monde où les frontières sont présentées comme des obstacles à abattre et où les souverainetés nationales s’effacent devant les diktats de Bruxelles et des marchés globalisés, le retour — même partiel, même volontaire — à une culture de la défense nationale constitue un signal politique qu’il serait imprudent de minimiser. Cinq cents jeunes qui choisissent librement de servir leur pays : c’est modeste en volume, mais considérable en symbole.

