Washington tourne le dos à l’Europe : l’heure du réveil stratégique
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio retrouvait ce vendredi 22 mai ses homologues de l’OTAN à Helsingborg, en Suède, dans une atmosphère lourde de tensions. Washington a officialisé cette semaine le retrait d’environ 5 000 soldats stationnés sur le sol européen, et d’autres annonces de désengagement pourraient suivre dans les prochains jours.
Un désengagement américain qui s’accélère
Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a confirmé qu’une annonce majeure concernant le « modèle de force » de l’Alliance — c’est-à-dire le volume de troupes mobilisables en cas de crise — était attendue lors de ce sommet. Les 5 000 soldats retirés représentent environ 15 % des 36 000 GI’s actuellement déployés en Allemagne.
À cette réduction des effectifs s’ajoute une décision particulièrement symbolique : le report de l’envoi d’une brigade de 4 000 soldats américains en Pologne, pourtant promise de longue date à Varsovie. Un camouflet pour les alliés de l’Est, qui croyaient encore à la solidité du parapluie américain.
Des trous capacitaires impossibles à ignorer
Le général américain Alexus Grynkewich, commandant suprême de l’Alliance, tente de minimiser l’impact de ces retraits, assurant que 76 000 soldats américains demeureront déployés en Europe. Mais les faits contredisent ce discours rassurant.
Les retards de livraison — de plusieurs années — sur des armements critiques tels que les missiles de croisière Tomahawk et les systèmes de défense sol-air Patriot révèlent une fiabilité américaine de plus en plus douteuse. L’Europe se retrouve face à des trous capacitaires béants, difficiles à combler à court terme.
La France face à ses responsabilités historiques
Ce désengagement progressif des États-Unis ne devrait surprendre personne : de Gaulle l’avait anticipé dès 1966, lorsqu’il retira la France du commandement intégré de l’OTAN, refusant de subordonner la souveraineté française aux décisions d’une puissance étrangère. L’histoire lui donne raison.
La question qui s’impose désormais est celle-ci : l’Europe saura-t-elle saisir ce moment de rupture pour bâtir une défense véritablement souveraine, ancrée dans ses propres intérêts civilisationnels et stratégiques ? Ou continuera-t-elle d’attendre, hébétée, que Washington daigne la protéger ?
La réunion d’Helsingborg pourrait bien marquer, qu’on le veuille ou non, la fin d’une époque — celle de la tutelle atlantiste — et l’ouverture forcée d’un nouveau chapitre pour la puissance européenne.
